La mine de diamants Stornoway est branchée sur le respirateur de fonds publics depuis longtemps.

Renaud Brossard Renaud Brossard
Directeur Québec, Fédération canadienne des contribuables

Au fil des ans, le gouvernement y a injecté plusieurs centaines de millions de dollars de votre argent et s’apprête à participer à une remise de fonds de 20 millions pour garder la mine en activité au cours des prochains mois. Au lieu de lui brancher un autre soluté gouvernemental, il serait temps d’arrêter l’acharnement économique et de laisser Stornoway mourir dans la dignité. 

Depuis les débuts du projet, le gouvernement a offert du soutien. Il a dépensé plus de 180 millions pour l’acquisition d’actions, 300 millions pour le prolongement de la route 167 vers la mine et plus de 120 millions en prêts lorsque les problèmes ont commencé à pointer le bout de leur nez. Pour ceux qui tiennent le compte, c’est plus de 600 millions d’argent des contribuables que l’on y a englouti.

Prétextant cet investissement énorme, le ministre du Développement économique, Pierre Fitzgibbon, ne voyait d’autre choix que de participer à une remise de fonds pour permettre à la mine de rester en fonctionnement au cours des prochains mois et une prise de contrôle partielle de l’entreprise. Apparemment, si l’on ne peut pas se permettre de perdre les 600 millions que l’on y a risqués, on peut se permettre de risquer plusieurs millions de plus.

Spirale de mort financière

Le problème derrière la logique du ministre est que lorsque l’on justifie le réinvestissement de fonds publics sur la base des fonds publics déjà investis, on se retrouve pris dans une spirale de mort financière où chaque nouvelle remise de fonds devient le justificatif de la suivante.

Malheureusement, rien ne nous garantit que la situation va changer chez Stornoway. Selon l’estimation du ministre, il faudrait un prix du diamant brut entre 15 et 20 % plus élevé que ce qu’il est aujourd’hui pour que la mine équilibre son budget, outre les paiements d’intérêts sur sa dette et les redevances minières demandées par le gouvernement. Cela signifie que Stornoway perd entre 50 et 75 $US pour chaque gramme de diamants qu’elle vend.

Et on pourrait continuer de payer longtemps avant que la situation ne change.

Selon Bryan Coates, président de la minière Osisko et l’un des créanciers de Stornoway, il pourrait s’écouler près de deux ans avant que la situation ne change et que la minière ne renoue avec la rentabilité.

En tant que nouveaux propriétaires, serons-nous responsables de renflouer la mine jusqu’à ce qu’elle soit enfin profitable ? Combien de dizaines de millions additionnels les contribuables québécois devront-ils verser avant de voir la couleur d’un seul dollar de profit ?

Nous devons cesser de tomber dans le piège du coût irrécupérable.

Nous avons collectivement perdu 600 millions dans Stornoway ; il n’y a aucune raison d’augmenter ce total de quelques dizaines de millions de plus. Ce qu’il nous reste à faire, c’est d’en tirer des leçons, arrêter l’acharnement économique et laisser Stornoway mourir dans la dignité.