Le nationalisme économique pourrait être perçu comme une mesure protectionniste, mais il est selon moi un pas essentiel vers une économie socialement plus responsable, plus équitable et plus soucieuse de l’environnement.

Alexandre Taillefer Alexandre Taillefer
Associé du Fonds d’investissement XPND

Dans une ère où l’évolution technologique engendrera un accroissement considérable de la productivité des entreprises, il faut aider nos entreprises à intégrer trois facteurs pour les aider à se développer, à devenir plus compétitives et à saisir une part plus importante de notre marché local : la robotisation, l’environnement et l’algorithmique.

Robotisation

La robotisation va s’imposer dans à peu près tous les domaines, de l’agriculture à la production de vêtements. L’un des exemples les plus intéressants est la fameuse fraise de Californie, qui réussit à se positionner sur les tablettes de nos marchands à un prix souvent inférieur à nos fraises locales malgré les 4800 kilomètres qu’elles a à parcourir. La raison est simple : la main-d’œuvre représente plus de 50 % du coût de production des petits fruits. C’est énorme, et bien que nous ayons dans notre Loi sur le salaire minimum des dispositions particulières pour les fraises et les framboises (les travailleurs sont rémunérés à la livre récoltée et non à l’heure), rien ne bat l’exploitation d’un immigrant illégal quand vient le temps de rendre sa fraise cueillie manuellement compétitive.

Trouver les occasions de robotisation et en accélérer le développement et l’implantation dans tous les domaines nous permettrait de rendre nos entreprises parmi les plus compétitives, y compris dans la fraise.

La robotisation entraînera une relocalisation importante d’entreprises en rapatriant une production faite ailleurs, qui compte la plupart du temps sur de la main-d’œuvre au rabais.

Environnement

Cette relocalisation des entreprises entraînera un impact environnemental positif important. Les biens circulent à un tel volume entre les pays que le secteur du transport est aujourd’hui le plus polluant après la production d’énergie. Il représente à lui seul le quart des émissions mondiales de GES.

La bourse du carbone a de bon qu’elle permettra de refléter le coût environnemental réel de ce transport. Cette tendance est irréversible et devra être prise en compte dans nos réflexions concernant les occasions de développement pour le Québec. Une tonne de GES qui refléterait adéquatement son coût environnemental rendrait beaucoup moins compétitifs de nombreux biens que nous importons à cause de l’empreinte environnementale liée au transport, mais aussi à celle liée à la manière dont est produite l’énergie utilisée ailleurs.

Il m’apparaît bien plus porteur pour le Québec de développer des industries solides ici que de revendre notre électricité à bas prix aux Américains.

Algorithmique

Finalement, l’algorithmique, qui est à la source de l’intelligence artificielle, aura un impact profond sur à peu près toutes les décisions d’une entreprise, du développement de nouveaux produits à la prévision de la demande, la gestion des prix et des clients. Le Québec est particulièrement bien positionné pour en profiter. Encore faut-il avoir l’objectif d’utiliser cette matière première formidable à bon escient et non pas simplement l’exporter pour quelques dollars la livre. 

Il convient de bien outiller nos entreprises et de les aider à exploiter ce nouvel eldorado de la productivité intelligemment. Les réflexions et la réglementation subséquente sur l’appropriation des données personnelles, le croisement des informations de nature financière, géospatiale, personnelle, les prises de décisions automatisées grâce à l’intelligence artificielle, et j’en passe, pourraient permettre à nos entreprises de développer des avantages compétitifs durables et empêcher les géants numériques de se servir impunément.

Cette nouvelle incarnation du nationalisme est un hymne à une économie verte, socialement et fiscalement responsable, qui devra toutefois rimer avec compétitivité.

Ce n’est pas se refermer sur soi que de rêver à rapatrier des pans importants de l’économie auprès d’entrepreneurs d’ici, de miser sur une production locale conséquemment plus verte et de vouloir offrir des emplois qui respectent les normes du travail que nous avons collectivement établies.

Ce nouvel élan économique ne peut pas être ringard et inefficace si on veut améliorer collectivement notre niveau et notre qualité de vie. Il nécessitera un peu de lucidité réglementaire de la part des gouvernements.

Ce serait vraiment dommage que le gouvernement n’accélère pas l’accompagnement des entreprises dans ces trois domaines.

La « walmartisation » de l’économie qui se poursuit et sa « gafaïsation » actuelle entraînent un appauvrissement collectif en concentrant la richesse entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint d’étrangers qui pillent notre pouvoir d’achat et engendrent des conséquences négatives innombrables pour nos communautés.

Il est temps de mettre sur pied un programme ambitieux et innovateur pour notre économie et d’accélérer le financement de programmes promouvant la consommation locale. Nous en avons le goût et les moyens. Il s’agit d’une si belle occasion d’innover et de s’enrichir collectivement !