Y incorporer l’éducation à la sexualité sans consulter les principaux concernés n’est pas l’idée du siècle 

Sylvain Fournier Sylvain Fournier
Président Association québécoise en éthique et culture religieuse (AQÉCR)

C’est avec stupéfaction qu’on a appris samedi matin, dans un journal concurrent, que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, envisage d’incorporer l’éducation à la sexualité dans le cours d’éthique et culture religieuse (ECR).

Avant d’aller plus loin, lancer un tel pavé dans la mare durant le congé de la fête du Travail, alors qu’il n’y a personne pour répliquer, relève-t-il de la stratégie politique du ministre ? En sera-t-il également ainsi pour la suite des choses ?

Car selon le même article, le programme d’ECR (c’est plus qu’un simple cours !) ferait aussi l’objet d’une importante réforme dans les mois à venir.

Pourtant, depuis la sortie de Sébastien Proulx (alors acculé au mur par Alexandre Cloutier lors d’une période des questions à l’Assemblée nationale) sur une éventuelle révision du programme il y a trois ans, le ministère de l’Éducation nous avait toujours assuré que nous serions les premiers avisés si des actions comme aller en consultation au regard du programme étaient envisagées.

Devons-nous comprendre que les plans ont changé ? Que les principaux concernés, les enseignants en ECR, ne seront pas consultés ?

Le ministre affirme : « Il y a déjà des gens qui m’ont dit : “Vous allez revoir ce cours-là [ECR] qui traite du savoir-être, des valeurs, du respect de soi, de l’acceptation de l’autre. Est-ce qu’on pourrait intégrer ça [l’éducation à la sexualité] au contenu ?” » Qui sont ces gens ? Les mêmes que Michelle Courchesne rencontrait dans les centres commerciaux pour se faire une tête sur les bulletins chiffrés à l’époque ? Assurément, il ne s’agit pas d’un des quelque 150 spécialistes en ECR de notre association.

Arrivons sur le fond. Faut-il vraiment rapatrier tous les contenus obligatoires actuellement en vigueur à l’intérieur des périodes d’ECR ? On parle de 15 heures par année au secondaire. Il n’y en a que 50 prévues en moyenne (250 h/5 ans) par année en ECR, dont aucune en troisième secondaire. Est-ce vraiment le meilleur endroit pour le faire ?

Ça fait à peine un an que ces contenus sont disponibles en ligne pour tous. Ne pourrait-on pas simplement étirer l’échéancier ? Se donner le temps de s’approprier les contenus ? Les répartir selon les forces des différentes équipes-écoles ? Sur quoi se base-t-on pour capituler si tôt ? Sur la complainte syndicale ? On commence à peine à comprendre ce qui est attendu.

Une dynamique en marche

À ce titre, dans plusieurs milieux, il y a déjà des enseignants en ECR qui ont pris à bras-le-corps certains éléments de contenus compatibles avec certains thèmes de leur programme (la liberté, l’autonomie, la justice, la tolérance ou l’ambivalence de l’être humain, à titre d’exemples).

En même temps, des enseignants en français, en sciences et dans bien d’autres matières font la même chose. La dynamique est enclenchée. Ce qui manque, c’est le temps, la formation et les ressources externes. Il suffirait au ministre d’appuyer ce qui est déjà en branle en y injectant les fonds nécessaires.

Car jumeler de façon unilatérale les contenus en éducation sexuelle avec ceux en éthique et culture religieuse, sans ajouter aucune heure à la grille-matières, risque de causer un véritable fourre-tout (éthique, religion et sexe) où parents, élèves et enseignants auront de la difficulté à se retrouver.

Sans compter qu’actuellement, une étude faite par notre association en 2013-2014, épluchant les grilles-matières de plus de 200 écoles publiques provenant de 49 commissions scolaires différentes, démontre que 47 % d’entre elles n’arrivent même pas à offrir, à tous leurs élèves, les 250 heures indiquées en ECR.

Victimes des projets particuliers de tout acabit, les périodes devant servir à ECR fondent comme neige au soleil dans plusieurs milieux.

À moins de souhaiter que les contenus en éducation à la sexualité ne se donnent pas vraiment, les intégrer unilatéralement à l’ECR dans ces conditions n’est pas l’idée du siècle.

À moins, évidemment, d’ajouter du temps et de le rendre prescriptif. Là, je suis persuadé que des enseignants en ECR tendraient l’oreille. Mais pour ça, il faudrait commencer par leur parler, non ?