Depuis quelque temps, on parle beaucoup de diversité corporelle et c’est très bien ! Des artistes d’ici et d’ailleurs, ainsi que des entreprises, s’engagent ouvertement dans cette cause.

Julie du Page Julie du Page
Actrice, chroniqueuse, animatrice et blogueuse

Le message passe-t-il réellement, surtout auprès des ados ? C’est la question que je me suis posée, notamment depuis que ma fille est rentrée à la maison en pleurs, me demandant si elle était fat… Ben voyons donc, je rêve ? La puberté et les changements hormonaux font qu’il n’est pas rare d’être un peu plus enveloppée… et alors ?

La cruauté de certaines filles entre elles n’a parfois pas de limites…

L’adolescence est une période exploratoire, difficile, où l’on manque inévitablement de recul et d’expérience. C’est souvent l’époque des fixations sur des idoles qui, par leur personnalité, leur influence, leur engagement, nous aident à traverser ces années complexes. Ces artistes ou parfois même ces entreprises deviennent des alliés qui renforcent notre discours de parents.

Il y a une telle pression face aux normes corporelles imposées par notre société et certains médias !

J’ai eu envie de faire un tour d’horizon sur cet enjeu afin d’être mieux armée pour en discuter avec ma fille.

Les choses changent-elles vraiment ?

Les artistes

Cette artiste me vient spontanément en tête. Depuis le début de sa carrière, Lady Gaga fait la promotion d’une société plus tolérante et célèbre l’individualité ainsi que la diversité corporelle, notamment avec sa fondation Born This Way. En 2017, après sa prestation au Super Bowl, Lady Gaga a été critiquée sur son apparence physique. Selon certaines personnes mal intentionnées, sa culotte taille haute et son crop top laissaient entrevoir un bourrelet.

Lady Gaga a répliqué d’un message inspirant sur son compte Instagram : « J’ai entendu que mon corps est un sujet de conversation, alors je voulais vous dire que je suis fière de mon corps et que vous devriez être fier du vôtre. Peu importe qui vous êtes ou ce que vous faites. Soyez vous-même, sans relâche. »

Si vous êtes parents d’ados, les chances que vous connaissiez la jeune chanteuse Billie Eilish sont assez élevées. Elle a 17 ans et on parle déjà de phénomène ! Elle s’est d’ailleurs illustrée cette semaine aux MTV Awards. C’est de la maison familiale en Californie que son frère et elle composent paroles et musiques. À la fois intrigante, originale, un peu gothique, Billie Eilish donne l’impression de sortir de l’imaginaire du réalisateur Tim Burton ! Elle évoque des sujets qui traduisent les angoisses et les doutes liés à l’adolescence et assume sa différence.

C’est à l’émission d’Ellen Degeneres qu’elle a avoué être atteinte du syndrome de la Tourette. C’est son bagage, un point c’est tout ! Billie Eilish revendique son style boyish, street et ne joue surtout pas la carte de la pop star sexy. Elle privilégie les vêtements très amples, masquant sciemment sa silhouette. Son message est puissant et contrecarre ce que la société véhicule comme image, en particulier sur Instagram. Elle s’est affranchie de ces diktats et n’a pas peur d’être vraie dans une ère où trop peu de célébrités le sont réellement… C’est aussi pour cette raison que les jeunes l’aiment autant ; avec Billie, il n’y a pas de pression. Ronde, mince, poitrine généreuse ou pas, on s’en fout !

Je pourrais également parler d’Adele, Rihanna, Beyoncé, Lena Durham (Girls), Kate Winslet (qui interdit la retouche numérique de son corps sur ses photos).

Ces artistes ne sont-elles pas la preuve qu’il est possible d’avoir une belle carrière sans se conformer à l’image corporelle prônée par de nombreux médias ?

Parmi nos artistes québécois, je salue l’audace de Phil Roy qui, au printemps dernier, affichait sa bedaine à l’air sur Instagram ! On pouvait y lire ceci : « Mon corps, c’est mon corps ce n’est pas le tien… Même si des fois j’aurais bien fait un échange genre pour ma journée aux glissades d’eau avec l’école en secondaire 5 ! »

Je n’oublie pas Debbie Lynch-White, Safia Nolin, Cœur de pirate (très concernée par la question, puisque maman d’une petite fille), Mariana Mazza, etc.

Les mannequins

Du côté des mannequins, c’est en 1992 qu’on a vu arriver la plantureuse Anna Nicole Smith pour la campagne Guess. Je me souviens encore du battage médiatique ! Depuis, des filles comme Ashley Graham, qui affiche sans complexes sa récente grossesse sur les réseaux sociaux, ou la Québécoise Justine Legault (pour ne nommer qu’elles) ont réussi à s’imposer dans le monde cloisonné et obtus de la mode.

PHOTO EVAN AGOSTINI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La mannequin Ashley Graham

Les entreprises

Certaines entreprises ont ouvert la voie en étant précurseures. La vidéo virale Dove Evolution montrait déjà, en 2006, combien les images publicitaires sont modifiées et lançait dans la foulée le Fonds d’estime de soi Dove afin de revoir les critères de beauté.

En faisant d’autres recherches, j’ai découvert un site web anglais de vêtements, PrettyLittleThing, destinés aux jeunes femmes de 16 à 30 ans. Son compte Instagram est intéressant, puisqu’il présente des vêtements sur deux mannequins de tailles différentes, en même temps.

Comme il est pertinent, en 2019, de démontrer qu’il existe une beauté derrière chaque morphologie ! Ce message me plaît !

La marque italienne Brandy Melville, ultra- trendy auprès des jeunes filles, mériterait le blâme et le boycottage ! Le problème majeur ? Tout est « taille unique » ! One size fits all, vraiment ? Une adolescente avec un tant soit peu de formes ne peut absolument pas porter ces vêtements. C’est un message très discriminatoire qui va à l’encontre de la mouvance sur la diversité corporelle et qui véhicule auprès des jeunes, parfois si vulnérables à l’adolescence, une image qui ne reflète certainement pas la majorité ! Shame on you, Brandy Melville ! Je passe !

Bravo à H & M qui fait fi des standards en choisissant un mannequin taille 12-14 pour sa campagne maillot 2019 ! Ces petites révolutions, on en retrouve de plus en plus et notamment ici au Québec. Je pense à Blush Lingerie, qui vient de lancer son #imwithblush afin d’encourager les jeunes femmes à célébrer leur corps, si différent soit-il. L’entreprise montréalaise J3L a remporté le prix ÉquiLibre 2019 pour une représentation saine et diversifiée du corps. Elle propose de la lingerie confortable et sexy de XS à 5XL.

Les magasins Addition Elle 16 et+ misent plus que jamais sur le style avec l’embauche du designer (et mon ami) Andy Thê-Anh ! En plus de vêtements, on y retrouvera accessoires et chaussures ! Quelle belle initiative !

Dans le cadre du Festival Mode & Design, les jumelles Stratis étaient de retour avec leur collection Incluses 2 pour toutes silhouettes ! Cette collaboration avec le créateur Xavier Laruelle, qui comprend cinq pièces de « petite » à « 4XL », sera en vente en ligne à la mi-septembre.

Les mentalités évoluent, mais la partie n’est pas encore gagnée. C’est une quête de tous les instants qui doit se jouer à la fois dans l’espace public et privé.

L’histoire est ponctuée d’évolutions positives, parfois aussi de modes régressives. Il faut être vigilants !

Parler de diversité corporelle avec un ou une ado demeure bien souvent un sujet épineux avec lequel on a l’impression de marcher sur des œufs. Les corps et les métabolismes sont tous différents, et le discours que je tiens avec mes enfants privilégie toujours la piste de la bonne forme, la condition physique et l’alimentation saine. Mais au-delà de l’image et de l’esthétisme futile, il ne faudrait pas oublier que, souvent, le surpoids peut apporter de graves problèmes de santé…