Une fois par mois, un camelot de L’Itinéraire se joint à Débats pour se raconter, critiquer, s’insurger. Aujourd’hui, nous vous présentons le témoignage de Benoit Chartier*

Benoit Chartier
Camelot Place Berri et Promenade Ontario

Je connais L’Itinéraire depuis sa naissance en 1994, ou presque. Il y a 22 ans, j’allais dîner au local de la rue Ontario. Je suis camelot depuis 20 ans maintenant.

Mon métier me permet de rencontrer du monde et de briser l’isolement. Même si je suis un solitaire, j’aime sentir que je fais partie d’une communauté, d’une société. J’aime me rendre utile et me sentir utile.

J’ai vécu quatre mois et demi dans la rue en plein hiver à la suite de l’incendie du bloc-appartements où je vivais. Je me suis retrouvé itinérant à cause d’une grève des fonctionnaires responsables des immeubles à loyer modique.

J’ai réussi à m’en sortir en partie grâce à la générosité de chauffeurs de lignes de nuit qui me permettaient de dormir dans le fond de leur bus. Ce qui n’est plus toléré aujourd’hui.

Mais il m’est aussi arrivé de dormir sur un banc de parc cet hiver-là. J’en profitais pour y laisser ma poésie. Je crois avoir vieilli de 10 ans pendant ces quatre mois d’itinérance. En plus, pendant cet intervalle, j’ai pris goût au « crack » et à l’alcool. J’ai tout perdu, je paie encore mes dettes.

Grâce au Groupe L’Itinéraire, j’ai retrouvé la dignité, le goût de vivre dans la sobriété. J’ai trouvé ici des amis à qui me confier, de l’aide, ainsi que du support psychosocial.

Je suis comme un crabe, j’ai une carapace bien visible, mais je suis tendre et sensible à l’intérieur. Comme tout le monde, je suis à la recherche d’amitié et d’amour véritable.

On a souvent abusé de ma bonté dans le passé. J’en ai pâti. Alors je n’hésite pas à avoir recours aux intervenants du magazine ou à d’autres ressources si je me sens menacé.

Aujourd’hui, je bois occasionnellement, en regardant un match dans un pub avec des amis, par exemple. Mais jamais je ne recommencerai à consommer compulsivement parce que saoul, j’étais un autre homme, un étranger que je n’aimais pas.

Je profite de l’occasion de ce numéro spécial* pour dire merci à mes clientes et clients. Chapeau au personnel de L’Itinéraire. Je termine en rendant hommage à mes parents aimants aujourd’hui décédés qui m’ont toujours accepté comme je suis, sans jugement.

* Cet article paraîtra dans l’édition spéciale 25e anniversaire du magazine L’Itinéraire, en vente à partir du 30 août

L’Itinéraire est une voix unique dans le paysage médiatique québécois. Il donne la parole aux sans-voix, des personnes marginalisées, itinérantes ou à risque de le devenir.