Comme actionnaire d’Air Transat, je voterai contre la proposition d’achat de l’entreprise par Air Canada à l’occasion de l’assemblée extraordinaire des actionnaires devant se tenir vendredi.

Pierre Karl Péladeau Pierre Karl Péladeau
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La transaction projetée va à l’encontre des meilleurs intérêts de l’entreprise et de ses employés. Mais je m’y opposerai également comme citoyen du Québec, parce qu’elle engendrera des pertes d’emplois importantes ici, qu’elle verra à la fermeture d’un autre siège social à Montréal et qu’elle privera les consommateurs de la concurrence nécessaire en matière de prix. Ce sont, pour notre économie, des incidences majeures.

Cette transaction n’est pas dans le meilleur intérêt public, celui des Québécoises et des Québécois.

Air Canada peut bien, aujourd’hui, s’engager, voire promettre que rien de tout ça ne se produira. Il n’en demeure pas moins qu’historiquement, l’entreprise a manqué à ses engagements, légaux et sociaux, envers le Québec, affichant ainsi un bilan social peu reluisant.

La fermeture surprise d’Aveos, en 2012, et la mise à pied de ses 1800 travailleurs malgré les obligations d’Air Canada de maintenir un centre d’entretien à Montréal en vertu de la loi qui a mené à sa privatisation en 1988, et son non-respect chronique de la Loi sur les langues officielles la positionnant en haut de liste du peu enviable palmarès des institutions fédérales manquant à leurs obligations linguistiques, sont les deux plus frappantes manifestations des défauts d’Air Canada envers les Québécois.

Si la transaction allait de l’avant, les pratiques d’affaires, les seuils de rentabilité, la vive concurrence internationale et les exigences des marchés financiers, comme dans tant d’autres situations similaires survenues au Québec au cours des 20 dernières années, serviront à justifier Air Canada d’avoir fait une rationalisation de certaines activités provoquant des pertes d’emplois, la délocalisation de l’expertise et le déplacement du siège social vers Toronto.

Plan d’affaires rigoureux

Ayant manifesté en mai dernier un intérêt personnel pour Air Transat, avec de solides partenaires connus et de renommée internationale, nous avons élaboré une offre d’achat potentielle qui envisagerait un prix équitable pour les actionnaires et représenterait, dans son ensemble, un meilleur choix pour l’entreprise en raison, entre autres, d’un plan d’affaires rigoureux misant sur les secteurs de l’entreprise à fort potentiel de croissance, sur l’expertise et la création d’emplois au Québec et sur le développement du siège social à Montréal. Elle assurerait également, et surtout, par le maintien d’un Air Transat indépendant, un marché concurrentiel au bénéfice des consommateurs et de l’intérêt public.

J’entends déjà des détracteurs manifester leur ô combien grande surprise devant ma proposition me répondant par du « trop peu, trop tard » alors que pour préparer une proposition formelle, il est nécessaire de faire une vérification diligente appuyée par l’accès à de l’information non publique au sujet d’Air Transat.

Le processus de vente actuel a fait en sorte que depuis la mi-mai, le conseil d’administration de l’entreprise a donné une exclusivité à Air Canada. Ceci a mené à la signature d’ententes définitives incluant des mécanismes de protection en faveur d’Air Canada. C’est dire toute l’ouverture de voir un tiers déposer une offre formelle. Des interrogations sérieuses doivent se poser concernant la gouvernance.

La réalisation de l’acquisition d’Air Transat par Air Canada est conditionnelle à l’approbation de certaines autorités de réglementation, notamment celle du ministre des Transports du Canada et celle du Commissaire à la concurrence.

Ce dernier ne pourra que constater qu’étant un concurrent direct d’Air Transat pour la très grande majorité des trajets transatlantiques et les « destinations soleil », Air Canada concentrerait plus de 60 % du marché. La transaction éliminerait la concurrence sur le plan des tarifs alors que ceux-ci sont généralement plus bas du côté d’Air Transat.

Les instances gouvernementales ont le pouvoir d’empêcher cette situation. Elles ont le pouvoir et la responsabilité de prévenir la conclusion de cette transaction.

Malgré leur position annoncée, je réitère l’invitation aux trois plus importants actionnaires d’Air Transat, le gestionnaire de fonds montréalais Letko Brosseau, le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement du Québec, à voter contre la transaction.

Le gouvernement fédéral et le Bureau de la concurrence devraient s’y opposer. Le gouvernement du Québec devrait s’y opposer tout autant à la lumière des conséquences désastreuses sur l’emploi et sur la disparition d’un autre siège social au Québec.

En 2016, le premier ministre du Québec, François Legault, a déjà eu l’occasion, à titre de chef de la deuxième opposition, de dénoncer l’absence de respect, par Air Canada, de ses obligations légales. L’histoire devrait lui enseigner que la situation se reproduira.

Mes partenaires et moi sommes engagés sérieusement dans ce processus et nous avons la capacité de réaliser avec succès cette transaction à un prix juste et équitable.