Il y a 48 ans, un dimanche soir du 15 août 1971, le président Nixon annonçait à la télévision aux Américains une série de mesures qui allaient provoquer une forte dévaluation du dollar américain.

Laurent Desbois Laurent Desbois
Économiste et ancien vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec

Une des mesures a été d’imposer une surtaxe sur les importations provenant surtout d’Europe et du Japon, afin de forcer la réévaluation de leur devise. Ce geste de Nixon, avec le choc pétrolier, allait devenir le symbole de la grande inflation des années 70 qui s’ensuivit.

Aujourd’hui, presque 50 ans plus tard, le président Trump s’inspire de Nixon en imposant des taxes à l’importation sur les produits chinois, tout en critiquant la dévaluation du yuan. Et, de façon plus moderne, il lance ses tweets sur la force injustifiée du dollar américain, causée d’après lui par les taux d’intérêt élevés de la Fed et les taux d’intérêt négatifs en Europe et au Japon. Selon l’agence Bloomberg, l’administration américaine a même examiné la possibilité d’intervenir directement pour affaiblir le dollar américain.

Les présidents Nixon et Trump utilisent donc le dollar et la guerre commerciale pour protéger les exportations. La suite dira si la conséquence inflationniste des décisions de Nixon se répétera. 

Un autre parallèle est celui du président Roosevelt qui, à la suite des tarifs douaniers imposés par le président Hoover en 1930, et aux prises avec la Dépression, a dévalué le dollar en 1933, encore une fois pour stimuler l’économie. Aidée d’une expansion budgétaire, la croissance économique avait repris, sans inflation à l’époque.

Comment en est-on arrivé là ?

Dans les trois cas, la cause principale a été le ralentissement de la croissance économique globale : la crise de 1929 est l’évènement marquant pour Roosevelt ; la récession de 1970 est le déclencheur pour Nixon ; la crise de 2008 et les insécurités liées à la mondialisation sont marquantes pour Trump.

Dans ces trois contextes similaires de croissance globale faible, les exportations nettes deviennent le nerf de la guerre et une source critique de croissance économique. Mais, puisque tous les pays ne peuvent pas accroître leur part de marché en même temps, les guerres de devises et les guerres commerciales deviennent très attrayantes. Bien sûr, le contexte géopolitique de l’émergence de la Chine ajoute à la détermination de Trump. Comme disait l’autre, l’histoire ne se répète pas, elle rime.