Aujourd’hui, c’est le 19 août, et c’est aussi la Journée mondiale de l’aide humanitaire. L’ONU a choisi cette date en mémoire de l’attentat du 19 août 2003 contre le siège des Nations unies à Bagdad, en Irak, qui a causé la mort de 22 personnes.

François Audet François Audet
Directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, UQAM

Il s’agit donc d’une journée qui vise à saluer celles et ceux qui travaillent à la protection de millions de personnes, parfois au péril de leur vie. C’est d’autant plus important que les attaques contre les travailleurs humanitaires sont en augmentation.

Mais cette journée est aussi une bonne occasion pour mettre à jour la situation humanitaire mondiale. Un bilan qui se détériore grandement.

En fait, depuis quelques années, chaque nouvelle publication des Nations unies semble annoncer de nouveaux et tristes records.

Voici ce que donne le portrait global.

Malnutrition

Commençons par la faim : en augmentation depuis quelques années, 821 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde, dont 113 millions ont des besoins humanitaires urgents. C’est un nouveau total de 53 pays – 1 sur 4 – qui subit un contexte d’insécurité alimentaire aiguë, notamment le Nigeria, la Somalie, le Soudan du Sud, l’Afghanistan et le Yémen. Il est toujours bon de se rappeler que, paradoxalement, 2,1 milliards de personnes souffrent d’obésité au même moment. 

Le bilan concernant l’eau est encore moins reluisant, alors que plus de 2 milliards de personnes (3 sur 10) n’ont pas accès à de l’eau potable. De l’autre côté de la chaîne, 2,3 milliards de personnes n’ont pas accès à un service d’assainissement. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ un million de personnes meurent à cause du manque d’eau et d’assainissement chaque année.

Violences

Parallèlement, l’insécurité dans plusieurs régions du monde est en recrudescence. Que se soit la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest, les conflits majeurs au Yémen, en Irak ou en Syrie, ou les violences liées aux bandes armées en Amérique latine, de plus en plus de civils sont menacés.

La conséquence s’observe au quotidien : un flux migratoire historique. 

Pour la première fois, 71 millions de personnes sont déplacées dans le monde, dont 26 millions sont des réfugiés. Un chiffre deux fois plus élevé qu’il y a 20 ans. Par exemple, c’est désormais 4 millions d’âmes qui ont fui le Venezuela, alors que de l’autre côté de la planète, le plus grand camp de réfugiés au monde du district de Cox’s Bazar au Bangladesh accueille désormais plus de 900 000 Rohingya qui ont échappé au génocide en cours du côté birman. 

Changements climatiques

À noter : cette vague migratoire est également exacerbée par le climat, qui ne donne pas de répit à plusieurs régions du monde. À une époque où l’Occident prend enfin conscience de l’effet des changements climatiques, le reste du monde, lui, subit ses conséquences depuis longtemps. Le choix devient alors simple : quitter son pays pour tenter de trouver un endroit vivable et viable.

Il ne s’agit que de quelques-unes des principales statistiques de la situation humanitaire dans le monde.

Mais il ne faut surtout pas oublier que ces chiffres représentent autant de vies et de drames humains.

Quelles sont les hypothèses pour l’avenir ? La conjoncture de l’évolution du réchauffement climatique et du nombre de conflits durables en cours génère des projections humanitaires dont le coefficient multiplicateur donne la frousse. Plusieurs chercheurs estiment qu’aucun pays ne sera épargné.

Diminution de la pauvreté extrême

Mais tous les indicateurs ne sont pas au rouge. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté, fixé par la Banque mondiale à 1,90 $ par personne par jour, a diminué.

En effet, selon les dernières données, la part de la population mondiale vivant dans la pauvreté a baissé pour s’établir à 10 %, ce qui représente environ 736 millions de personnes.

En 25 ans, plus de 1,1 milliard de personnes ont donc vu leur niveau de vie s’améliorer suffisamment pour échapper à l’extrême pauvreté.

Cette amélioration s’explique notamment par le développement exceptionnel de la Chine. Il faut aussi insister sur le fait que cette baisse de la pauvreté a été très inégale d’une région à l’autre, et que des écarts importants existent, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, où se concentrent 85 % des personnes pauvres dans le monde.

Dans tous les cas, les causes de cette détérioration de la situation planétaire sont multiples et complexes, tout autant que les solutions. Certes, s’attaquer à l’urgence climatique est une priorité, mais il ne faudrait pas le faire sans omettre la lutte contre la pauvreté et l’aide humanitaire nécessaire pour protéger ces millions de civils.

Mais si l’humanitaire sauve des vies et protège les civils, c’est au politique de trouver des solutions aux causes profondes des défis titanesques que l’humanité doit désormais relever.