Ces temps-ci, Nathalie Roy, ministre responsable de la Langue française à la CAQ, « travaille sur différentes stratégies pour promouvoir et valoriser cette langue française qui constitue notre identité et notre fierté ».

Maude Boyer Maude Boyer
Enseignante en classe d’accueil et au baccalauréat international

Il faut saluer cette initiative, mais je me demande comment on procède pour inculquer la fierté linguistique. Oui, la langue française fait partie de l’identité des Québécois francophones. Est-ce qu’elle constitue également notre fierté ? Pas sûre…

Pourquoi, quand j’écoute la radio, j’ai envie de l’éteindre toutes les 10 minutes, agacée entre autres par l’usage d’un français bancal qu’on essaie de sauver à coups de « en faite » pour combler un vocabulaire déficient ou des constructions de phrases boiteuses ?

Pourquoi, quand on m’accoste dans la rue, on ne le fait pas systématiquement en français ? Pourquoi, dans l’avenue du Parc, où je prends des cafés régulièrement, je déguste un cappuccino en écoutant La vie en rose en anglais ? Pourquoi, toujours dans cette même avenue du Parc, un simple rendez-vous pour une pédicure se transforme-t-il en bataille linguistique ? 

Pourquoi ma fierté de parler cette langue devient-elle, à la fin, synonyme d’un redoutable pensum ? Et finalement, pourquoi jouer à la Jeanne d’Arc de la langue française quand, au fond, collectivement, on fait peu d’efforts pour la protéger, la ménager, la respecter et en faire usage avec fierté ?

Comment alors parler de fierté quand la langue est porteuse de gêne ou de conflit ? Comment inculquer cette fierté ?

Serait-ce en lui donnant la place qui lui revient en renforçant les lois linguistiques ? Serait-ce en ne voulant pas, à tout prix, jouer au citoyen du monde désincarné en la considérant comme une langue parmi d’autres ? Serait-ce en privilégiant l’enseignement d’un français plus rigoureux afin de mieux la maîtriser ? Serait-ce tout simplement éviter d’en faire une quête du Graal et une obsession identitaire afin d’en atténuer les crispations linguistiques ?

À l’étranger

Dans tous les pays où j’ai vécu durant ma carrière d’enseignante à l’international, ceux qui me donnaient le plus envie d’apprendre la langue nationale étaient ceux qui en faisaient un usage affirmé dans tous les aspects de la vie quotidienne et la célébraient dans toutes les déclinaisons de la vie culturelle.

En Chine, il m’arrivait parfois de me retrouver dans un restaurant où le menu était uniquement en mandarin et où le serveur s’exprimait dans un anglais incompréhensible. Je devais donc fournir l’effort pour me faire comprendre en faisant preuve de débrouillardise et de créativité. Il en résultait des situations parfois cocasses, mais toujours culturellement intéressantes. J’ai appris aussi quelques mots, quelques intonations et une envie d’en savoir plus sur cette langue et cette culture.

Au Venezuela, j’ai appris à danser la salsa au son de la musique vibrante et des mots d’Héctor Lavoe où jeunes, vieux, latinos, gringos, Noirs, Blancs, minces et enveloppés se déhanchaient sur la piste de danse en une cérémonie païenne débordante de vie et de grâce. La joie était palpable, la fierté aussi.

Je ne connais pas de solutions miracles concernant les stratégies pour promouvoir et valoriser cette langue française qui constitue notre identité et devrait être notre fierté.

Toutefois, ce que j’ai remarqué dans mes diverses expériences de vie à l’étranger, c’est qu’être fier de sa langue est contagieux et ne se commande pas.

Plus on est fier de sa langue, plus on la rend désirable. Plus elle est désirable, plus on en est fier. Être fier de sa langue, c’est aussi la connaître et en prendre soin. Connaître plusieurs langues est une richesse. Connaître sa langue maternelle est un devoir ; l’aimer est une nécessité. Notre langue française d’ici manquerait-elle d’amour ?