Depuis quelques jours, plusieurs organismes qui luttent contre l’homophobie et la transphobie multiplient leurs interventions médiatiques, et affirment l’importance de lutter contre les discours haineux homophobes et transphobes ainsi que la cyberintimidation, en marge des célébrations de la semaine de la Fierté.

Jasmin Roy et Jean-Sébastien Bourré
Respectivement président et fondateur de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais ; et auteur de TRANSition – Évolution du mouvement trans et de ses revendications et de TRANSition – Une quête de soi

Ces intervenants disent percevoir une montée des hostilités homophobes et transphobes sur l’internet, notamment en l’associant à la montée de l’extrême droite.

S’il ne faut effectivement pas chercher loin sur l’internet pour lire des commentaires haineux ciblant l’orientation sexuelle et l’identité ou l’expression de genre, une réalité est passée sous silence par l’ensemble des organismes LGBT+ : la montée de l’extrême gauche et des propos haineux au sein même de nos communautés.

Pourtant, il ne faut que prendre le temps de lire les commentaires de membres des communautés LGBT+ publiés depuis quelques années sur les réseaux sociaux des organismes communautaires pour réaliser que les discours haineux et irrespectueux sont en pleine croissance dans nos communautés.

D’ailleurs, en 2017, dans le sondage CROP « Réalités LGBT » commandé par la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, 20 % des répondants issus des communautés LGBT disaient avoir été victimes d’intimidation par des membres appartenant aux communautés LGBT.

Pas seulement l’extrême droite

Au risque de déplaire, il faut avouer que l’extrême droite n’est pas la seule à être à l’origine de discours haineux, homophobes, transphobes et irrespectueux sur le web. Les personnes directement impliquées, portées par une nouvelle militance extrémiste, utilisent des discours haineux, des menaces et des attaques personnelles tout en dénonçant ceux qu’elles reçoivent.

Le plus inquiétant à l’heure actuelle est que ces propos haineux de l’extrême gauche sont peu ou pas dénoncés par plusieurs organismes LGBT+ pour ne pas recevoir les foudres de ces militants LGBT+.

Ce silence donne l’impression que les propos haineux de l’extrême gauche sont plus acceptables que ceux de l’extrême droite.

Plusieurs journalistes, commentateurs et chroniqueurs ont dénoncé les commentaires haineux qu’ils recevaient de l’extrême gauche LGBT+ au cours de la dernière année. Dans le reportage « Je pensais que j’étais transgenre » d’Émilie Dubreuil à Radio-Canada, des jeunes ont exprimé avoir été rejetés par certains membres de la communauté trans, car ils s’engageaient dans une détransition.

Nous-mêmes victimes

Nous avons été tous les deux victimes de ces attaques répétées pour avoir écrit des livres et pour avoir exprimé des opinions. En 2016, Jasmin Roy avait exprimé en entrevue avoir un malaise avec le mot « queer », car dans les milieux éducatifs anglophones, ce mot fait partie des insultes les plus prononcées. À la suite de son passage à RDI, il a reçu un torrent d’insultes.

Jean-Sébastien Bourré a lancé en 2017 le livre TRANSition en portant un regard sur l’évolution du droit des personnes trans dans la société. À son tour, il a été la cible de haine sur les réseaux sociaux. Nous n’avons jamais vécu une situation similaire à l’extérieur des communautés LGBT+.

Cette montée de l’intolérance dans les rangs des communautés LGBT+ rend le droit à la libre expression et la liberté de parole de plus en plus difficiles.

Si l’on ne partage pas l’opinion de certains groupes, nous devenons aussitôt persona non grata, des traîtres, des racistes, des homophobes et des transphobes.

François Legault et le défilé

La lettre ouverte d’Alexis Marcoux Rouleau et de Sam Kaizer intitulée « Legault n’est pas le bienvenu au défilé de la Fierté » parue dans Le Devoir samedi dernier est un exemple concret de cette montée d’intolérance dans les rangs des communautés LGBT+.

Puisqu’ils ne partagent pas les opinions du premier ministre du Québec élu démocratiquement, qu’ils sont contre le projet de loi 21 et qu’ils reprochent à M. Legault d’avoir apprécié le livre de Mathieu Bock-Côté L’empire du politiquement correct, notre premier ministre ne peut pas participer au défilé de la Fierté.

Ces amalgames prouvent à quel point ces militants ne connaissent pas les principes de la démocratie. Ils doivent aussi réaliser qu’à une certaine époque, aucun premier ministre au Québec ne participait au défilé de la Fierté. Pour gagner ses combats, il faut savoir négocier et convaincre les politiciens. Cette attitude peut grandement nuire à nos combats pour atteindre l’égalité sociale dans la société.

Le premier ministre François Legault est le bienvenu au défilé.