Relier des milieux naturels de qualité et certains territoires adjacents pour créer le grand parc de l’Ouest est une excellente décision. Cependant, on peut se demander si l’ampleur du territoire à acquérir n’est pas exagérée.

Daniel Chartier Daniel Chartier
Architecte paysagiste

Depuis 2008, la Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels de Montréal favorise une densification de l’habitat humain en échange de dons écologiques. 

Pendant plusieurs années, cette stratégie a permis de minimiser les mises de fonds municipaux et d’augmenter substantiellement les superficies protégées. Depuis quelques années, cependant, les fruits faciles à cueillir étaient rares. Une approche plus musclée s’imposait dorénavant pour certains sites stratégiques.

Des gestes essentiels

Il fallait relier entre eux les parcs-nature et rattacher ce noyau à l’Arboretum Morgan, la ferme de l’Université McGill, les emprises du ministère des Transports et plusieurs autres terrains institutionnels.

Excellente idée d’intégrer les paysages humanisés de L’Île-Bizard, protégés en vertu de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, mais méritant une protection complémentaire par le ministère de la Culture.

Cela dit, la forme du grand parc de l’Ouest est trop dentelée. Certains secteurs du parc projeté ressemblent à une courtepointe de propriétés disparates.

Chaque excroissance est-elle essentielle pour offrir la synergie écologique et fonctionnelle requise pour ce parc ? Est-ce que les fines lamelles de verdure insérées dans le voisinage urbain seront productives sur le plan écologique ? Est-ce que cette dentelle verte nuira plutôt à la cohérence et à la vitalité du tissu urbain résiduel, à consolider ? Une rationalisation semble nécessaire pour marier impératifs écologiques et urbanistiques.

Cela dit, le problème fondamental réside dans l’ampleur des sommes à débourser pour acquérir certaines propriétés. Il réside aussi dans les sommes requises annuellement pour gérer ce territoire, y compris des opérations musclées pour contrer l’envahissement du territoire par le nerprun ou par toute autre espèce invasive. Le laisser-aller généralisé, observable à trop d’endroits, est un leurre néfaste tant pour la biodiversité que pour la qualité des paysages.

Un fonctionnement à intégrer

Comment fonctionnera cet immense parc ?

Un cadre de gestion s’apparentant à la Table de concertation du Mont-Royal s’impose pour coordonner les actions d’intervenants aux missions divergentes.

Quelle place réserver à l’agriculture ? Quels types et modes de gestion agricoles favoriser ? Quelles activités de loisir favoriser ? Où aménager les sites d’accueil et d’interprétation ? Quelles infrastructures créer ou consolider prioritairement ?

PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE MONTRÉAL

Il s’agira du plus grand parc municipal au Canada, affirme la Ville.

Ce projet risque d’hypothéquer fortement le budget annuel d’acquisitions de la Ville. Sera-t-elle démunie lorsque des achats urgents seront nécessaires ? Les opérations de restauration et d’entretien des autres grands parcs souffriront-elles ? Par exemple, la négligence qui dégrade insidieusement les installations patrimoniales du Bois-de-la-Roche se prolongera-t-elle longtemps, au risque de générer des pertes irrémédiables ? Tant d’autres grands parcs négligés ou oubliés mériteraient de vigoureux processus d’agrandissement et de mise en valeur.

Bref, consolider le grand parc de l’Ouest est excellent. Plusieurs espèces animales qui ne pouvaient s’adapter au morcellement survivront et y prospéreront. Ce geste devrait aussi permettre de mieux coordonner les actions d’une multitude d’intervenants en un tout cohérent.

L’essentiel des interventions projetées s’impose donc d’emblée.

Cela dit, je crois que l’administration vise trop large, que le fonctionnement de l’ensemble des grands parcs en souffrira et que certaines autres actions essentielles de la Ville risquent d’être compromises par la rareté de fonds. Une certaine rationalisation semble souhaitable.