Plus tôt cette semaine, Radio-Canada nous apprenait que plusieurs écoles secondaires québécoises allaient, dès cette année, proposer des programmes scolaires concentrés sur le sport électronique.

Philippe Lorange Philippe Lorange
Étudiant en science politique et philosophie à l’Université de Montréal

Il s’agirait, selon ces laudateurs de la techno, d’une manière de lutter contre le décrochage scolaire et de donner le goût aux élèves d’aimer l’école. Or, si l’école ne doit pas être un lieu austère et soporifique, elle ne saurait devenir une récréation pour gamers sans déroger à sa mission fondamentale : élever les âmes par la culture et la science.

Ce n’est pas un analphabète des jeux vidéo qui vous écrit. J’ai passé mon adolescence à jouer en ligne avec mes amis sur les jeux populaires d’alors. Je ne crois pas non plus au vieux mythe voulant que ces derniers rendent les jeunes plus violents. Bien que je n’y consacre aucun intérêt, je ne juge pas de haut le sport électronique.

Je crois seulement que celui-ci doit rester en dehors de l’école, cette dernière devant être un refuge à la tyrannie de l’écran.

Une excellente lettre parue au Devoir en 2017 intitulée « Un enseignement pour sortir l’élève de sa quotidienneté » prônait le rétablissement d’une école exotique, c’est-à-dire qui cherche à arracher l’élève du banal quotidien. Pour ce faire, il faut élever ce dernier au sommet de la culture par le contact des classiques de la littérature, des humanités et de la science pure. Accéder à cet idéal est impossible sans être en mesure de plonger dans un livre papier et de couper court à tout écran l’instant d’une journée.

Le sport électronique ne peut être comparé à un sport physique : il ne possède pas du tout les mêmes vertus sur la santé de l’élève et sa concentration en classe. Il n’est pas, non plus, un loisir comme les arts visuels, dramatiques ou la musique : il ne suscite ni créativité ni curiosité intellectuelle comme ces derniers.

En 2017, une étude de l’Université de Montréal révélait que les jeux vidéo, surtout ceux de type FPS (tir à la première personne) causaient une réduction de la matière grise dans l’hippocampe. Or, le sport électronique se concentre très souvent sur ce genre de jeu. Cette répercussion sur la santé peut être à la source de nombreuses maladies mentales bien connues. Déjà que la jeunesse d’aujourd’hui est réputée pour ses problèmes d’anxiété, nous semblons n’avoir strictement rien compris.

De plus, il est bon de rappeler qu’il y a des limites à se soumettre aux caprices de la jeunesse : l’institution scolaire doit imposer ses normes et faire plier l’élève à sa directive, car nulle élévation n’est possible sans cette nécessaire violence.

L’un des interviewés de Radio-Canada affirmait ceci : « Que ce soit le sport électronique ou n’importe quel autre sport, c’est le même principe : les jeunes se lèvent le matin et ont le goût de venir à l’école. Puis ils vont bien réussir en français, en mathématiques et en anglais, parce qu’ils ont besoin de réussir pour avoir accès à ce programme de sport électronique. » 

C’est tout de même consternant de naïveté. L’élève engagé dans un tel programme aura le goût d’aller à l’école non pour apprendre le français ou les mathématiques, mais pour jouer aux jeux vidéo. Dès lors, les disciplines seront reléguées au statut de devoirs secondaires qui permettent cette récompense qu’est le jeu, et non au statut principiel de la formation de l’homme.

Le gouvernement du Québec doit interdire ces programmes qui banalisent l’hégémonie de l’écran et dont les effets sur la santé et sur la réussite de l’élève sont tout sauf positifs.