L’automne dernier, soit immédiatement après la première rencontre entre nos représentants et le ministre de la Famille, nous avons senti la soupe chaude.

Francine Lessard Francine Lessard
Directrice générale du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE)

Refusant de se positionner pour protéger le réseau qu’il représente, le ministre Mathieu Lacombe nous demandait plutôt de l’aider à trouver des solutions pour que le projet de déploiement universel de la maternelle 4 ans de son gouvernement atterrisse en douceur, et ce, en nous vantant les mérites de la complémentarité entre le réseau de l’éducation et celui des services éducatifs à la petite enfance. 

Certains ont cru dur comme fer à cette belle promesse, mais jamais le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE) n’a adhéré à cette pensée magique.

Depuis le jour un, le CQSEPE martèle plutôt que les caquistes ont une volonté bien mal dissimulée de viser le transfert de tous les enfants de 4 ans vers l’école.

Petit voyage dans le temps 

L’hiver dernier, le CQSEPE et la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) ont sillonné les routes de la province pour dénoncer l’entêtement du gouvernement caquiste et l’absence de consultation des gens les plus concernés par la maternelle 4 ans : les parents.

En mars, une pétition de plus de 35 000 signatures et demandant le retrait du projet de loi visant le déploiement universel de la maternelle 4 ans a été déposé à l’Assemblée nationale. En avril, nous avons été mis au fait que le gouvernement Legault demandait aux écoles de recruter des enfants dans les CPE et les services éducatifs en milieu familial pour former les futures classes de maternelles 4 ans.

En mai, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est rendu à New York pour visiter des écoles, mais a refusé de faire de même pour les milieux éducatifs en CPE et en milieu familial public. Au cours de ce même mois, et pour la première fois en 15 ans d’existence, le CQSEPE se voit refuser l’accès aux consultations particulières sur un projet de loi.

Après de multiples pressions et des interventions dans les médias, le CQSEPE a finalement réussi à obtenir sa place pour déposer un mémoire dans le cadre des consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi portant sur le déploiement universel de la maternelle 4 ans.

Et hier, comble de cette lubie caquiste… Les éducatrices qualifiées du réseau des services éducatifs à la petite enfance pourront enseigner dans les classes de maternelle 4 ans moyennant quelques conditions. 

Déshabiller Jean pour habiller Jacques ? C’est ce que le CQSEPE craint depuis le départ et c’est ce qui risque de se concrétiser au cours des prochains mois, alors que la rareté de la main-d’œuvre touche fortement le réseau des services éducatifs à la petite enfance.

Mais pourquoi vouloir affaiblir considérablement ce réseau qui a fait ses preuves, ce réseau qui répond aux réels besoins développementaux des tout-petits, ce réseau dont les mérites sont vantés par les spécialistes de la petite enfance, et ce réseau qui fait l’envie partout dans le monde ?

Pour nourrir des aspirations politiques ? Malheureusement, la question est légitime.