Dans son avis publié le 10 juillet 2019, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) du Québec a annoncé la suspension du programme qui permettait à la population étudiante étrangère, diplômée au Québec, d’obtenir son certificat de sélection du Québec (CSQ) par la voie rapide du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Daye Diallo, Philippe Lebel et Philippe Clément
Respectivement président de Force Jeunesse, président de l’Union étudiante du Québec, et président de la Fédération étudiante collégiale du Québec

En bref, pour au moins les quatre prochains mois, les diplômés étrangers d’un établissement québécois d’enseignement ne pourront pas entamer leur processus d’immigration permanente au Québec par ce chemin qui, auparavant, leur permettait d’avoir la priorité dans la sélection des immigrants qui s’installent définitivement chez nous.

Il n’y a pas de meilleurs candidats à l’immigration que les jeunes gens qui ont été formés dans nos universités et collèges, qui vivent en terre québécoise depuis de nombreuses années et qui ont déjà un réseau professionnel et amical québécois.

De nombreuses études et recherches abondent dans ce sens. L’âge de la migration (plus on est jeune, plus l’intégration est facile), l’expérience vécue au Québec et l’acquisition d’un diplôme québécois favorisent fortement l’intégration socioéconomique des immigrants. De plus, les candidats recrutés par le PEQ doivent maîtriser le français, et nos recherches sur ce programme montrent que les personnes sélectionnées proviennent souvent de domaines particulièrement demandés dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre. Faciliter l’accès à la résidence permanente au Québec pour les étudiants étrangers à travers le PEQ revêt donc toute sa pertinence.

Même si la mesure annoncée par le MIDI est, selon ses dires, temporaire, quel message lançons-nous à ces milliers de jeunes qui veulent s’installer au Québec pour y construire leur avenir et le nôtre dans la même lancée ?

Quelle urgence existentielle pour le Québec nécessitait une telle décision aussi forte de conséquences négatives sur la vie de milliers de jeunes étudiants ?

Daye Diallo, Philippe Lebel et Philippe Clément

D’autant plus que le Québec a de la difficulté à retenir ses étudiants internationaux, alors qu’à peine 7% de ses 50 000 étudiants étrangers reçoivent annuellement un certificat de sélection dans le cadre du PEQ.

Ce programme peut certainement être amélioré, mais la suspension du traitement des demandes ne règle en aucun cas la problématique actuelle.

De nos jours, la prospérité des nations dépend en grande partie de leur capital humain. Dans un contexte de grande concurrence internationale pour le savoir et le talent, le Québec ne peut se permettre de retarder ou de compliquer encore plus le processus d’immigration de ces jeunes diplômés qui veulent sincèrement apporter leur contribution à notre aventure collective.

Il en va aussi de notre crédibilité pour les prochaines cohortes d’étudiants étrangers qui choisiront nos écoles autant pour leur qualité d’enseignement que pour l’ouverture et la stabilité de nos politiques publiques en matière d’immigration.

Nous ne formulons qu’une seule demande aux autorités politiques : celle de revenir sur cette décision aberrante qui impactera la vie de milliers de jeunes gens dans les mois à venir. Des personnes qui n’aspirent qu’à la possibilité de s’installer le plus rapidement possible au Québec pour s’y épanouir professionnellement, socialement et nous enrichir collectivement.

La transition démographique que nous connaissons actuellement nécessite de nombreux jeunes qui viendront soutenir nos finances publiques, notre système de santé et notre société dans les années à venir. Réussir l’intégration des immigrants grâce à des programmes publics réfléchis et humains nous apparaît nécessaire pour garantir la prospérité du Québec de demain.

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