Au lendemain de la célébration annuelle de notre cinéma, et à la suite de la crise à Téléfilm Canada, une coalition de producteurs s’inquiète de la gestion des fonds publics réservés au cinéma par la SODEC. Il y a manifestement péril en la demeure. 

Coalition de producteurs*

Nous croyons à la SODEC en tant qu’institution centrale dans le développement de notre culture nationale, mais il y a aujourd’hui des problèmes importants de gouvernance, de transparence et de direction. L’avenir est très préoccupant.

Le cinéma québécois est en pleine effervescence. La qualité des films, leur diversité et leur reconnaissance internationale en témoignent. Conséquemment, depuis plusieurs années, la SODEC doit traiter un nombre grandissant de demandes de financement, sans pour autant voir son enveloppe budgétaire suivre cette augmentation.

Une situation qui semble paradoxale.

Plutôt que d’embrasser ce dynamisme en s’adaptant à cette réalité, l’organisme impose plusieurs barrières à l’entrée et utilise des moyens de plus en plus arbitraires pour traiter les propositions.

Par exemple, au dernier dépôt de janvier 2019, la SODEC a modifié ses règles d’analyse en plein processus, et ce, sans consulter les producteurs concernés. L’organisme a décidé de traiter les projets de films de moins de 2,5 millions de dollars par un comité d’évaluation externe. Exceptionnellement, l’étude des projets s’est faite sans aucune rencontre avec les équipes. Normalement, chaque projet est accompagné et suivi par un agent à l’interne de l’organisme, ce qui crée des liens de confiance et un réel dialogue autour des films. Ce revirement inacceptable nous est apparu comme un manque de respect et une façon expéditive de « régler » un problème. 

Une combine, finalement, qui déguise très mal le fait que ce processus n’en était pas un de sélection, mais d’élimination. Il en a résulté une hécatombe pour les films à petits budgets, où 25 projets sur 27 ont été éliminés avec, en prime, des rapports d’analyse bâclés.

Un effondrement culturel ?

Cette situation intenable expose, selon nous, des problèmes importants de gouvernance et de transparence. C’est pourquoi, face à la faillite à répétition de ses stratégies, son manque de soutien et notre confiance en perdition à son égard, nous avons décidé aujourd’hui de tirer la sonnette d’alarme. En ce sens, dans un premier temps, nous demandons que les projets éliminés qui en étaient à leur dernier dépôt puissent être redéposés au prochain concours de la SODEC.

Comme la goutte qui fait déborder le vase, cette dérive trahit une situation gangrenée qui soulève aujourd’hui l’indignation ainsi que beaucoup de questions : est-ce que les films choisis par la SODEC représentent vraiment ce que les créateurs proposent comme cinéma ? Y a-t-il collusion entre la SODEC et certains producteurs privilégiés ? Est-ce que les fonds réservés à la production sont attribués de façon équitable ? L’analyse des devis de production se fait-elle de façon aussi pointilleuse que celle des scénarios ? La parité hommes-femmes est-elle vraiment respectée ? Y a-t-il un réel soutien au développement des entreprises? Est-ce que la SODEC compte s’attaquer concrètement au problème de diffusion de nos œuvres au Québec, ou abandonne-t-elle ce combat face aux monopoles étrangers ? Et pourquoi la « taxe Netflix » ne sert-elle pas à financer la culture comme elle le devrait ? En somme, assistons-nous à un effondrement culturel et à une privatisation des fonds publics? 

Nous désirons être consultés, nous désirons faire partie de la solution. Il est temps d’agir et de réfléchir sur l’avenir de la SODEC ensemble. La SODEC a une responsabilité sociale envers le Québec d’encourager les nouveaux talents et d’assurer le développement des artistes plus établis.

La culture, c’est le cœur du Québec, elle nous distingue et engendre des retombées économiques indiscutables. Elle crée de l’emploi et des richesses. Il y a une dynamique unique à celle-ci qui implique autant des enjeux sociaux qu’économiques. Mais ce que nous percevons comme une crise révèle, encore une fois, le sous-financement chronique de notre cinéma et le manque de vision à long terme de nos gestionnaires.

Cette crise doit être abordée d’urgence. Il est impératif que le ministère de la Culture et des Communications, la SODEC et les acteurs du milieu participent à l’élaboration d’une solution durable.

* Signataires : Patricia Bergeron, François Delisle, Denis Langlois, Babek Aliassa, Christine Falco, Micheline Lanctôt, Gabrielle Tougas-Fréchette, Mylène Corbeil, Nicolas Dufour Laperrière, Emmanuel Hessler, François Landry, Serge Noël, Olivier Picard, David Pierrat, Jean Francois Roesler et Yannick Sadler.