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Élections européennes: une victoire pour l'Europe

Jocelyn Coulon

Chercheur en relations internationales

Collaboration spéciale

Depuis des mois, de nombreux commentateurs et sondeurs avaient pronostiqué une vague brune et anti-européenne aux élections européennes de dimanche. C'est plutôt une vague verte et pro-européenne qui est venue secouer le cocotier et consolider le sentiment européen des peuples du Vieux Continent. Une belle victoire pour l'Europe.

Les citoyens européens se sont montrés plus attachés à l'Union européenne qu'auparavant. Le verdict des urnes, c'est le verdict des peuples et les peuples se sont nettement prononcés pour l'intégration européenne. Deux facteurs au moins ont joué dimanche dans ce sens : un taux de participation exceptionnel et une jeunesse mobilisée comme jamais face à l'urgence climatique.

Au cours du dernier quart de siècle, la participation aux élections européennes a décliné dans presque tous les pays de l'Union. Contrairement aux scrutins nationaux, les électeurs n'y attachaient pas une grande importance. Ils ne ressentaient pas dans leur vie de tous les jours l'effet des mesures prises par la Commission européenne et par le Parlement continental.

Ce sentiment a changé immédiatement après le scrutin européen de 2014. À ce moment-là, les Européens s'étaient abstenus dans une proportion de 58 %, la pire performance de tous les rendez-vous électoraux européens depuis leur institution en 1979. La conjoncture continentale et mondiale a visiblement modifié ce comportement. En quelques années, des événements soudains et souvent traumatiques ont causé un profond sentiment d'insécurité au sein des populations.

Les incursions russes en Ukraine, les massacres perpétrés dans les rues de Paris et d'autres grandes villes par des djihadistes, l'afflux massif de réfugiés moyen-orientaux vers l'Europe et l'accélération des phénomènes climatiques violents ont créé un climat de peur auquel les partis traditionnels ont répondu plus ou moins adéquatement. Il n'en fallait pas plus pour donner de l'oxygène aux formations politiques marginales de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par les écologistes.

Si en temps de crise, les citoyens réclament plus d'État, il faut croire qu'en Europe, ils réclament aussi plus d'Europe. En effet, comment expliquer autrement un bond de presque 10 points dans la participation aux élections de dimanche ?

À l'évidence, les électeurs longtemps revêches face à la bureaucratie de Bruxelles pensent maintenant que l'Europe est une structure pouvant apporter protection et solutions.

C'est donc majoritairement (51 %) que les Européens sont allés voter, et dans 14 pays sur 28, le vote atteint ce score ou le dépasse. Plus important, ce scrutin a fortement ralenti la progression des partis eurosceptiques qui, il faut le souligner, le sont de moins en moins, et des formations d'extrême droite. Les grands vainqueurs sont les écologistes et les partis libéraux qui viennent renforcer les deux blocs traditionnels, les conservateurs et les sociaux-démocrates, et ainsi rassembler quelque 75 % de l'électorat autour de partis pro-européens. Il est bon de le rappeler afin de contrer ceux qui laissent croire que les eurosceptiques et l'extrême droite auraient gagné ces élections.

La jeunesse mobilisée

Cette large mobilisation électorale autour des partis pro-européens n'aurait pas été possible sans l'apport d'une grande partie de la jeunesse mobilisée autour de l'urgence climatique. La semaine dernière, le quotidien Le Monde a publié un grand reportage sur la « naissance d'une génération climat ». En un an, les manifestations hebdomadaires des jeunes pour la lutte contre les changements climatiques ont mobilisé des millions de participants et permis de remporter un premier succès : inscrire la question climatique au programme politique.

Ce constat est confirmé par les sondages à la sortie des urnes dimanche où, en France par exemple, les moins de 35 ans cassent tous les codes. Ils sont massivement pro-européens et ont majoritairement voté pour les partis verts, leur permettant ainsi d'atteindre 17 %.

En Allemagne, le Parti vert est maintenant la deuxième formation politique derrière le parti de la chancelière avec 22 % des votes.

Les leaders européens réunis aujourd'hui à Bruxelles auront l'occasion de discuter du résultat de ces élections et d'en tirer les leçons. Ils ont une chance exceptionnelle devant eux : les électeurs viennent de plébisciter l'Europe et réclament des solutions européennes. À eux de ne pas les décevoir.

* L'auteur a été conseiller politique principal du ministre canadien des Affaires étrangères en 2016-2017.




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