Les parents d’une fillette de 8 ans en pleine santé, appelons-la Emily, se précipitent à l’urgence avec leur enfant, après avoir constaté qu’elle montrait de plus en plus de signes de fatigue et de confusion, et qu’elle vomissait.

Meranda Nakhla Meranda Nakhla
Pédiatre endocrinologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants du Centre universitaire de santé McGill et chercheuse clinicienne à l’Institut de recherche du CUSM

Consciente de la gravité de l’état d’Emily, l’infirmière responsable du triage emmène sur-le-champ la fillette consulter le médecin de garde à l’urgence. Des analyses de sang montrent que sa glycémie (taux de sucre dans le sang) est extrêmement élevée et que le sang d’Emily est devenu très acide.

Le diagnostic ne tarde pas à tomber : Emily est atteinte de diabète de type 1 et a déjà développé une complication potentiellement mortelle : une acidocétose diabétique.

La fillette est immédiatement transférée à l’unité de soins intensifs, où elle passera plusieurs jours.

En tant que pédiatre endocrinologue, je suis trop souvent confrontée à ce scénario.

L’acidocétose diabétique est une complication du diabète de type 1 en grande partie évitable, à laquelle je ne devrais pas être confrontée si souvent dans ma pratique. Aujourd’hui, avec mes collègues de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), et de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), nous avons publié une étude dans la revue CMAJ Open, qui montre que plus de 25 % des enfants au Québec souffrent d’acidocétose diabétique lorsqu’ils reçoivent un diagnostic de diabète de type 1. Cela est dû au fait qu’on ne reconnaît pas suffisamment tôt les signes et symptômes associés à ce type de diabète. Nos résultats montrent que cette proportion est en augmentation de 2 % par année depuis 2001.

Une simple analyse de sang visant à déterminer le taux de sucre suffit à diagnostiquer un diabète de type 1 chez un enfant qui présente les symptômes de cette maladie.

Le diabète de type 1 est l’une des maladies chroniques les plus fréquentes chez l’enfant et touche environ 4000 jeunes au Québec. Elle se manifeste lorsque le pancréas cesse de produire de l’insuline, une hormone importante qui aide l’organisme à contrôler le taux de sucre dans le sang. Les symptômes typiques du diabète sont le besoin fréquent d’uriner, une soif anormale, la perte de poids, un manque d’énergie et le fait d’avoir toujours faim.

Des travaux précédents de mon équipe ont montré que l’accès à un prestataire de soins de première ligne, tel qu’un médecin de famille ou un pédiatre, réduisait le risque d’acidocétose diabétique au moment du diagnostic. Étant donné qu’un nombre considérable d’enfants atteints de diabète n’ont pas ce type d’accès, cela pourrait expliquer l’augmentation des taux au Québec.

L’acidocétose diabétique est la principale cause de décès chez les enfants atteints de diabète de type 1 — jusqu’à 1 % de ceux qui se présentent à l’hôpital et qui en sont atteints peuvent développer un œdème cérébral, ce qui peut s’avérer fatal ou laisser des séquelles catastrophiques à long terme chez l’enfant.

Le pourcentage de plus en plus élevé de cas d’acidocétose diabétique au Québec est inacceptable et nous indique qu’il faut que les choses changent.

Une meilleure sensibilisation aux symptômes du diabète constitue la clé de la prévention de l’acidocétose diabétique. Les pédiatres, les médecins de famille, les parents et le personnel de l’école doivent connaître les symptômes de cette maladie, afin de pouvoir les identifier et de faire soigner l’enfant avant l’apparition de l’acidocétose diabétique.

Des résultats à peu de frais

La campagne la plus connue consacrée à la prévention de l’acidocétose diabétique a été réalisée à Parme, en Italie, au cours des années 90. Des affiches aux couleurs vives diffusant des messages simples sur le diabète ont été placardées dans les écoles ainsi que dans les salles d’attente de médecins. On pouvait y lire les phrases suivantes : « Votre enfant boit-il plus souvent et urine-t-il plus souvent que d’habitude ? A-t-il commencé à mouiller son lit ? Assurez-vous que son taux de sucre n’est pas trop élevé. » Les parents ou les médecins pouvaient communiquer avec un service d’assistance téléphonique et poser directement leurs questions à des endocrinologues s’ils croyaient être en présence d’un cas potentiel de diabète.

À l’issue de la campagne menée en Italie sur une période de huit ans, qui a fait l’objet d’une étude, les taux d’acidocétose diabétique accompagnant un diagnostic de diabète de type 1 ont diminué, passant de 78 % à 12,5 %. Cela nous montre qu’en menant une campagne de communication relativement peu coûteuse, il est possible de réduire l’incidence de l’acidocétose diabétique en diagnostiquant plus tôt le diabète de type 1.

Bien que cette initiative puisse sembler simple à réaliser et nécessaire dans un tel contexte, il n’existe rien de similaire au Québec, et dans bon nombre d’autres provinces canadiennes.

C’est le temps d’agir… pour nos enfants !

* L’auteure est également chercheuse clinicienne à l’Institut de recherche du CUSM.