Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’intégration des soins de santé mentale à la première ligne est la façon la plus viable de s’assurer que le plus grand nombre de personnes atteintes de troubles mentaux puissent avoir accès rapidement aux soins et services de santé mentale dont ils ont besoin.

Publié le 28 oct. 2019
Benoit Gareau
Benoit Gareau Administrateur et ancien président du Groupe Espace Santé

En lisant le rapport de 2012 du Commissaire à la santé et au bien-être sur l’appréciation de la performance en santé mentale, on comprend que plusieurs acteurs de premier plan en santé mentale étaient au diapason avec le constat de l’OMS lorsqu’ils ont développé le Plan d’action en santé mentale (PASM 2005-2010).

Ce plan prévoyait de consolider la première ligne en santé mentale en créant des équipes multidisciplinaires pour traiter certains patients avec troubles mentaux et faire le suivi auprès d’eux. Puis, en mettant en place des guichets d’accès en santé mentale, on voulait orienter les patients vers les bons soins. Finalement, en instaurant une fonction de psychiatre répondant, on voulait soutenir les équipes de première ligne en santé mentale dans la prise en charge des patients atteints de troubles mentaux.

Dans le rapport du Commissaire, le PASM 2005-2010 était jugé cohérent, mais d’après l’avis de plusieurs, de nombreux enjeux persistaient et étaient problématiques.

L’implantation des équipes de santé mentale et les guichets d’accès restaient inachevés. Manque de personnel, difficulté de recruter certains professionnels dans les équipes et difficulté de fonctionnement des guichets d’accès selon les régions. Il y avait difficulté d’arrimage entre les prestataires de soins et services en santé mentale, et un accompagnement insuffisant des jeunes atteints de troubles mentaux, créant ainsi ruptures de services et inefficacité.

Pour le Commissaire, l’implantation inachevée des équipes de santé mentale et des guichets en santé mentale avait des impacts sur les délais observés pour avoir accès à une évaluation et à un traitement en santé mentale, surtout pour les personnes ayant une dépression ou de l’anxiété, ce qui augmentait le recours aux urgences.

Dans un récent article de La Presse, les journalistes Caroline Touzin, Katia Gagnon et William Leclerc ont rapporté des histoires d’inefficacité et de dysfonctionnement du guichet d’accès en santé mentale.* Et à lire l’article, on ne peut s’empêcher de penser aux conclusions du Commissaire de 2012. Selon l’Association des médecins psychiatres du Québec, une réforme des guichets s’impose puisqu’ils ne remplissent pas leur rôle.

Des initiatives comme les équipes de soins en santé mentale ont certainement du bon, mais la difficulté de monter des équipes, de les arrimer et de faire le suivi des clientèles vulnérables est un défi important.

Les principaux intervenants du réseau peuvent, comme le propose le Plan d’action en santé mentale, continuer à travailler dans la direction édictée, chercher à bâtir des équipes de soins en santé mentale, les arrimer et améliorer le guichet d’accès en santé mentale

Innover

Mais ils peuvent aussi sortir de la boîte et innover.

Il faudrait augmenter et protéger les budgets en santé mentale pour éviter un transfert vers la santé physique autant pour la première que pour la deuxième ligne et former des équipes de soins en santé mentale qui permettront de décharger les médecins de famille et les psychiatres.

Le ministère de la Santé devrait aussi changer les ratios d’intervenants par psychiatre au sein des départements de psychiatrie. Imaginez une clinique privée qui aurait cinq dentistes pour une hygiéniste dentaire. Pour être efficient, il faudrait un ratio inverse. Ce problème de ratio s’explique en partie par le fait que les psychiatres sont rémunérés par la RAMQ, tandis que les autres professionnels sont payés par le budget hospitalier.

Or, la santé physique a souvent eu gain de cause sur la santé mentale pour l’attribution des budgets sous prétexte que les ratios ministériels psychiatres/intervenants étaient respectés. Résultats : absence d’équipes fonctionnelles pour aider le psychiatre, inefficience du système, burn-out, incapacité de remplir les postes existants en santé mentale suite à des conditions de travail invivables.

Les psychiatres ne suffisent pas à la tâche et la première ligne n’a d’autre choix que d’envoyer les patients dont l’état se détériore pendant l’attente aux urgences déjà surpeuplées.

Une deuxième ligne en santé mentale bien orchestrée pourrait ainsi prêter main-forte de façon plus efficiente aux autres cliniques de soins primaires.

Pour les soins de première ligne, le gouvernement doit créer des points d’ancrage forts, avec des équipes bien nanties, financés par le public, mais résolument dirigés vers le traitement des troubles mineurs et modérés de santé mentale.

La santé mentale est diluée dans un ensemble de soins, alors mettons-la de l’avant et travaillons à éliminer les éléments qui empêchent de prendre le dessus sur les problèmes de santé mentale.

Le statu quo n’est pas possible, trouvons des solutions pour les patients. Parions que tout le système de santé s’en portera mieux.

> Relisez l’article « Santé mentale des jeunes : le guichet cul-de-sac »

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