À l’aube de la campagne électorale des États-Unis, une grande attention sera portée vers Washington et chacune des déclarations des candidats sera analysée et fera partie du grand cirque médiatique qui entoure ces campagnes.
Washington joue un rôle important dans les relations entre le Canada et les États-Unis, pensons à la renégociation de l’ALENA, aux disputes au sujet du bois d’œuvre et au dossier du lait pour ne mentionner que ceux-ci.

Publié le 30 sept. 2019
Jean Claude Lauzon
Jean Claude Lauzon Délégué général du Québec à New York de décembre 2014 à février 2019

Au cours de l’exercice de mon mandat pendant quatre ans, j’ai réalisé pas moins de 33 missions à Washington en compagnie du premier ministre, de nombreux ministres, hauts fonctionnaires et maires. Avec l’aide de notre bureau de Washington, nous y avons fait des rencontres derrière les portes closes avec des membres du cabinet du président à la Maison-Blanche, de nombreux gouverneurs, sénateurs et représentants, tant républicains que démocrates.

Le Québec est fortement apprécié aux États-Unis et notre rôle était celui de faire valoir l’importance des relations entre le Québec et les États-Unis et de trouver des terrains d’entente et de collaboration communs.

Sans minimiser l’importance de ce qui se passe à Washington, je tiens à rappeler aux Québécois et à nos gens d’affaires que notre pain et notre beurre se trouvent principalement dans les villes et les États américains. Les marchés de Philadelphie, Boston, Pittsburgh, Newark, Chicago, Houston, Atlanta, Los Angeles, Albany, Baltimore, Louisville et Detroit sont gigantesques et porteurs pour le Québec. Nous y avons fait des percées importantes au cours des dernières décennies.

Les exportations du Québec

Près de 50 % du PIB du Québec est directement lié à nos exportations. De ce montant important, 70 % de nos exportations vont vers les États-Unis. Environ 10 % de toutes nos exportations mondiales sont dirigées vers un seul État : New York. Le New Jersey achète à lui seul autant de produits québécois que ne le fait la Chine.

Le petit État du Kentucky (4 millions d’habitants), quant à lui, se procure presque autant de produits québécois que ne le fait la France.

Nous faisons affaire avec les États-Unis depuis plus de 300 ans. Le Québec a été le premier émetteur d’obligations sur Wall Street vers 1878 et nous y exportons notre électricité depuis 1904.

Nos exportations dans le plus important marché de la planète ont connu une croissance significative au cours des dernières années parce que nos entreprises ont décidé d’y mettre plus d’efforts et de se concentrer dans certains États. Plus de 12 000 entreprises du Québec font affaire avec les Américains tous les jours. De fait, la croissance des exportations entre 2016 et 2017 dans les États de New York, de Pennsylvanie, du New Jersey, du Kentucky, du Maryland, de Virginie, de Virginie-Occidentale et du Delaware représente 48 % de la croissance des ventes aux États-Unis et plus de 32 % de la croissance pour l’ensemble du monde.

Il est donc évident que ce marché de proximité est riche, abondant et il fait partie de la plus importante économie du monde. Les Américains aiment les Québécois, notre créativité et notre savoir-faire. De plus, nous sommes comme eux, nord-américains, et nous respectons les contrats et les lois.

Le Canada

Le Canada exporte environ 650 milliards de dollars annuellement aux États-Unis et le Québec, environ 60 milliards. L’Ontario à elle seule réalise près de la moitié de toutes les exportations canadiennes. Cela s’explique bien sûr par le pacte de l’automobile qui représente 31 % des exportations ontariennes. Toutefois, les 69 % qui restent viennent d’une stratégie déployée par l’Ontario depuis plus de 50 ans qui vise les grandes entreprises américaines, ce qui a eu pour effet qu’un grand nombre d’entre elles ont élu domicile en Ontario et y ont installé la direction de leurs opérations canadiennes.

Il y a donc un écart considérable entre l’Ontario et le Québec. Cet écart, nous sommes en mesure de le combler grâce au dynamisme de nos gens d’affaires, qui sont appuyés par le gouvernement du Québec et les neuf bureaux du Québec aux États-Unis. Il faut également souligner le travail exceptionnel réalisé par les partenaires que sont le QG100, les chambres de commerce, Montréal International, Québec International, Les Manufacturiers exportateurs du Québec, le Centre de croissance accélérée et plusieurs autres acteurs.

Nous pouvons compter sur les exemples de nombreuses entreprises d’ici qui réussissent de façon remarquable aux États-Unis. Pensons à Couche-Tard, Aldo, Ecosystem, Cascades, Hydro-Québec, SNC-Lavalin, CanAm, Autobus Lion, CGI, Agropur, Saputo, Énergir, Bombardier Produits récréatifs, CAE, Bombardier, Fruits d’Or, Miralis, Pajar, Optel et combien d’autres. Pour réussir aux États-Unis, il y a une règle simple, celle des trois P. J’y reviendrai en conclusion.

La culture québécoise

Les Américains sont friands de nos artistes et ils les appuient sans réserve. Mentionnons-en quelques-uns : Yannick Nézet-Séguin, Louise Penny, David Altmejd, Flip Fabrique, le Cirque du Soleil, Céline Dion, Robert Lepage, Marc-André Hamelin, les Violons du Roy, Oscar Peterson, Leonard Cohen, Johanne Corno, Kim Thúy et François Girard. J’en oublie certainement un grand nombre, mais l’espace étant restreint, je ne veux offusquer personne.

Tous ces artistes sont nos meilleurs ambassadeurs et ils nous représentent avec une grande fierté dans le marché le plus compétitif de la planète. Je tiens à souligner leur contribution et les remercier, car aux États-Unis, culture et économie vont de pair et sont intimement liés, ce qui n’est pas toujours le cas au Québec.

Ne pas s'éparpiller

Les États-Unis sont notre principal client et partenaire d’affaires. Cela ne veut pas dire que les autres marchés ailleurs dans le monde ne sont pas intéressants ou porteurs de croissance. Il faut savoir cibler et ne pas tenter de tout conquérir en même temps, car nous allons nous y perdre.

La règle des trois « P » est la suivante :

1. Présence : si vous voulez réussir, il faut être présent et bien démontrer votre intérêt à faire affaire avec vos clients actuels et potentiels. Présence veut dire présence régulière et soutenue.

2. Produits : en quoi vos produits sont-ils efficaces, de qualité supérieure, novateurs et vont-ils permettre à vos clients de réussir dans leurs marchés ?

3. Pérennité : il faut être en mesure de montrer clairement que votre entreprise est solide, bien gérée et capable de répondre à leurs besoins.

N’oublions pas que quand on a un go aux États-Unis, ça veut dire go tout de suite. Ailleurs, cela veut souvent dire que nous allons y penser.

Oui, il faut surveiller attentivement ce qui va se passer à Washington au cours de la prochaine année et bien comprendre les intentions de l’administration future. Mais encore une fois, souvenons-nous que, pour les Québécois, le pain et le beurre sont dans chaque ville et dans chaque État.

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