Yves-François Blanchet a proposé de remplacer progressivement l’actuelle formule de péréquation par l’implantation d’une péréquation verte.

Gilles Duceppe Gilles Duceppe
Collaboration spéciale*

Le Bloc ferait en sorte que les provinces qui polluent le plus soient pénalisées et qu’inversement, les provinces qui réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre soient récompensées.

La formule proposée par le Bloc ferait passer la taxe carbone actuellement imposée à quatre provinces (l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba et l’Ontario) de 50 à 102 $ la tonne d’ici 2030. Les provinces récompensées seraient celles dont les GES sont inférieurs à la moyenne canadienne. Rappelons que le Québec s’est doté d’une Bourse du carbone conjointement avec la Californie et l’Ontario, qui s’en est retirée depuis l’arrivée de Doug Ford comme premier ministre.

Yves-François Blanchet a déclaré que « tant qu’il ne deviendra pas coûteux de polluer et payant d’être vert, le Canada continuera de polluer et le Québec, avec ses énergies propres, peinera à prendre son envol ». Il faut remplacer, dit-il, une partie de la vieille péréquation, qui est un chèque d’assistance, par la péréquation verte.

La péréquation verte combinerait les avantages de la fiscalité verte en pénalisant les pollueurs à ceux du marché d’échange où ceux qui réduisent leurs GES empochent l’argent.

Pollueurs payeurs plutôt que pollueurs payés

Une telle politique contrasterait avec les politiques des libéraux et des conservateurs qui ont tous deux mis en place un régime fiscal très avantageux pour les sociétés pétrolières, en plus d’investir des milliards pour leur venir en aide. Les libéraux tiennent un beau discours, mais achètent en même temps l’oléoduc Trans Mountain !

Les propositions du NPD et celles des verts manquent par ailleurs de rigueur. Le NPD a été longtemps coincé entre deux gouvernements provinciaux (ceux de la Colombie-Britannique et de l’Alberta) et les verts proposent d’utiliser le pétrole provenant d’Hibernia, à Terre-Neuve, ce qui ne tient aucunement la route tant sur le plan financier que sur le plan environnemental. Les dirigeants d’Hibernia y perdraient à vendre leur pétrole moins cher aux autres provinces que le prix qu’ils peuvent obtenir à l’international. De plus, le transport par des pétroliers devrait obtenir l’aval de Pêches et Océans, ce qui serait fort probablement impossible.

Les verts nous ont d’ailleurs beaucoup surpris en lançant leur campagne à Victoria, en Colombie-Britannique, car cette ville ne dispose même pas d’une usine d’épuration des eaux usées !

Non à Énergie Est

Le Bloc s’oppose au passage de l’éventuel oléoduc Énergie Est, car le pétrole passant par cet oléoduc ne serait ni consommé ni raffiné au Québec, ce qui conséquemment ne réduirait aucunement le nombre de trains transportant du pétrole sur le territoire québécois. En somme, pourquoi le Québec prendrait-il inutilement tous ces risques environnementaux ?

Autres mesures intéressantes

Sécurité ferroviaire

Tous se souviennent de la tragédie de Lac-Mégantic. Le Bloc propose donc de créer une commission d’enquête publique afin de faire la lumière sur le laxisme dans la réglementation du transport ferroviaire.

Élimination des pesticides qui menacent la biodiversité

Cette interdiction immédiate serait assortie d’un délai de transition pour les agriculteurs afin qu’ils puissent écouler leurs semences, trouver de nouveaux fournisseurs et transformer leurs techniques de culture.

Rénovations vertes

Le Bloc rétablirait le programme Éco Énergie aboli par les conservateurs de Stephen Harper et jamais rétabli par les libéraux de Justin Trudeau.

Le Bloc peut-il réalistement faire avancer ces dossiers ?

Les adversaires fédéralistes du Bloc répètent sans cesse que le Bloc ne peut réaliser les propositions qu’il met de l’avant puisqu’il ne sera jamais au pouvoir. Cet argument laisse entendre qu’un parti politique qui est dans l’opposition est inutile. Cela revient à renier la base de la démocratie, puisque sans opposition, il n’y a pas de démocratie !

D’autre part, c’est également mal connaître la réalité, car le Bloc a joué un rôle majeur dans plusieurs dossiers à Ottawa.

Rappelons-nous le dossier des commandites, les ententes sur la formation de la main-d’œuvre, sur le supplément de revenu garanti, de la prestation pour garde d’enfants, des transferts fédéraux en santé et en éducation. Le Bloc s’est également toujours porté à la défense de la gestion de l’offre et de l’industrie du bois d’œuvre. Ajoutons finalement qu’il n’y aurait jamais eu de loi antigang sans les interventions du Bloc.

Clairement, c’est le Bloc québécois qui peut le mieux représenter le Québec à Ottawa et le mieux défendre les intérêts de la nation québécoise.

Quant à l’environnement, comme le disait Hubert Reeves en 2011, c’est le Bloc qui a la plateforme environnementale la plus valable.

* Chef du Bloc québécois de 1997 à 2011, Gilles Duceppe a été député fédéral pendant 21 ans.