La campagne électorale en vue des élections fédérales d’octobre va s’engager avec la fin des vacances d’été qui approche.

Claude Castonguay Claude Castonguay
Collaboration spéciale

Encore une fois, les partis politiques et leurs chefs vont courtiser les électeurs qui, de leur côté, vont se demander quelle voie emprunter. Quels sont les choix qui semblent concorder le mieux avec leur état d’esprit et leurs aspirations ?

Tout indique que la campagne va secouer le pays et que les débats risquent d’être fort émotifs et déchirants. Les citoyens vivent dans une réalité de profonds changements qui, à divers degrés, touchent la plupart d’entre nous.

Les questions à fort contenu régional et identitaire ont le potentiel de dresser de grands pans d’électeurs les uns contre les autres.

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« Les citoyens vivent dans une réalité de profonds changements », constate Claude Castonguay.

Ces derniers vont de plus être confrontés par des choix difficiles entre leurs préoccupations quotidiennes et leurs inquiétudes au sujet de l’avenir de leurs enfants. Il va en être de même sur certaines questions, comme celle de la protection de la planète, qui ne se prêtent pas à des compromis politiques si chers aux politiciens qui veulent plaire au plus grand nombre.

Bien qu’il soit risqué de s’aventurer sur le plan des prévisions, il est possible, avec ce que nous savons déjà, d’établir des points de repère susceptibles d’aider les électeurs à mieux réagir au concert de voix discordantes dont ils vont être la cible au cours des prochaines semaines.

Environnement, multiculturalisme et pétrole

La protection de l’environnement et la réduction des gaz à effet de serre (GES) constituent sans aucun doute l’enjeu le plus important. Les grandes questions qui se posent sont claires : est-il possible de limiter la production des GES tout en triplant nos exportations de pétrole ? La taxe sur le carbone, une mesure efficace de réduction des GES, doit-elle être conservée ou combattue ? Est-il approprié de confier aux seules provinces, étant donné la nécessité et l’urgence d’agir, la lutte contre les GES dont la dimension canadienne ne fait pas de doute ?

Le refus des Québécois francophones d’adhérer au multiculturalisme constitue le deuxième enjeu.

Cette politique, conçue par Trudeau père pour faire avaler par les anglophones sa loi sur les langues officielles, s’oppose directement et sans nuance à la volonté des Québécois francophones de maîtriser leur destinée. Les Québécois veulent protéger, de longue date, malgré l’incompréhension et le refus du Canada anglophone, non seulement leur langue, mais leur culture, leur façon de vivre ensemble et de partager, leur créativité, leur dynamisme et tout ce qui fait ce qu’ils sont.

Ce qui nous conduit au troisième enjeu, celui provoqué par le nouveau premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, qui veut transformer en question d’intérêt national celle du pétrole albertain. Ce qui permettrait à Ottawa de passer outre aux compétences des provinces en matière de protection de l’environnement et de ressources naturelles. Cet enjeu prend une importance particulière compte tenu de l’appui déterminé des conservateurs d’Andrew Scheer et des gouvernements conservateurs provinciaux, dont celui de l’ineffable Doug Ford de l’Ontario.

Voilà qui nous conduit à l’analyse de l’orientation des partis et de leurs chefs à l’égard de ces trois grands enjeux.

En ce qui a trait à l’avenir de la planète, le Canada est en voie de rater les cibles fixées de réduction des GES. La prétention de Justin Trudeau de pouvoir les réduire tout en triplant, à coût de milliards de fonds publics, la production et l’exportation de pétrole ne tient pas la route.

Quant à l’enjeu du multiculturalisme par rapport au nationalisme québécois, Trudeau n’y voit qu’une vieille chicane. Son attitude et ses discours sur cet enjeu montrent qu’il n’a ni la volonté ni la capacité de revenir sur la politique imposée par son père. Enfin, en ce qui a trait à l’affrontement prévisible entre le Québec et l’Alberta, on ne voit pas Justin Trudeau devenir le défenseur des compétences provinciales.

Il faut ajouter à ce bilan son incapacité à maîtriser la mutinerie des Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, qui a créé une crise qui a paralysé le Parlement pendant des mois, entraîné la démission de deux hauts fonctionnaires et conseillers et causé un immense tort à SNC-Lavalin, une extraordinaire grande entreprise qui a pourtant nettoyé sa situation depuis plusieurs années.

En fait, force est de conclure que Justin Trudeau n’a ni l’expérience de vie ni la profondeur intellectuelle pour assumer la fonction de premier ministre.

En conséquence, il apparaît fort possible que nombre de Québécois décident de retirer leur appui à Trudeau et aux libéraux.

Les conservateurs

Quant à Andrew Scheer et aux conservateurs, leur orientation est claire. Ils s’engagent à abolir la taxe sur le pétrole et à construire sans délai, à coût de milliards et malgré les résistances, l’oléoduc Trans Mountain. Ils s’engagent de plus à procéder au Québec à la construction du pipeline Énergie Est.

Au-delà de sa position sur le pétrole et les GES, il est difficile de savoir qui est le véritable Scheer. D’ailleurs, en cas d’élection des conservateurs, tout porte à croire que ce serait Jason Kenney de l’Alberta qui prendrait les grandes décisions au niveau fédéral. 

De plus, Scheer aurait à composer avec l’ineffable Ford de l’Ontario, Brian Pallister du Manitoba et d’autres du même acabit obsédés par le Québec. De toute façon, à mon avis, le souvenir de Stephen Harper est encore trop récent pour que les conservateurs de Scheer puissent être considérés comme une solution de rechange aux libéraux.

Trois autres partis à considérer

Trois autres partis politiques sont en lice au Québec. Le plus ancien, celui des néo-démocrates, n’a jamais réussi à obtenir la confiance des Québécois, sauf sous l’exceptionnel Jack Layton. Ce n’est sûrement pas leur chef, l’indéfinissable Jagmeet Singh, qui va renverser la tendance. Le plus récent, le Parti vert, voit ses appuis augmenter sensiblement. Toutefois, au Québec, il est pratiquement absent.

Ce qui soulève la question du Bloc québécois. Les bloquistes se sont donné un nouveau chef crédible, Yves-François Blanchet, qui a refait l’unité au sein du parti. Si le Bloc s’engage à représenter le Québec correctement à Ottawa et à défendre ses intérêts légitimes, il pourrait obtenir la faveur de nombreux Québécois. À la condition toutefois de s’engager clairement à ne pas prôner l’indépendance du Québec.

En définitive, les jeux sont loin d’être faits et le Québec peut réserver des surprises.