L’auteure s’adresse à la jeune militante suédoise pour le climat Greta Thunberg.

Carol Patch-Neveu Carol Patch-Neveu
Montréal

Chère Greta Thunberg, à ton âge, 16 ans, comme mes camarades, j’étais idéaliste. Nos opinions étaient tranchées, nos regards souvent accusateurs.

Nous étions curieux, studieux et résolus à participer à l’avancement de notre société, avant même l’âge adulte. Nous inventions la mode des sit-in. Et pourquoi pas ? À 14, 15, 16 ans, on s’intéressait à la chose politique ; à 18 ans, nous aurions le droit de vote.

Greta, même si tu en doutes, je t’assure que nous étions ardemment convaincus que notre génération allait contribuer au maintien de la paix, à la fin de la faim dans le monde, à l’égalité entre humains. Nous n’étions pas issus d’une lignée de gaspilleurs, mais de gens qui savaient ménager les ressources, recycler et faire beaucoup à partir de peu.

Les assassinats des frères Kennedy, de Martin Luther King nous ont profondément ébranlés. Qu’allions-nous devenir ? Il fallait nous engager politiquement, socialement. Il fallait aspirer à prendre notre place sans attendre sagement l’âge de la majorité, peu importe si les adultes nous trouvaient un peu trop volubiles.

Par les missions Apollo, l’alunissage réussi d’Apollo 11, nous avons vu dans toute sa splendeur et sa vulnérabilité, la Terre, notre planète. Qu’allait-elle devenir  ? Nous voulions la protéger, la sauvegarder. Nous allions vaincre la pollution.

Bien que ma génération n’ait pas réussi à réaliser pleinement ses nobles ambitions, elle n’a jamais voulu léguer à ses enfants et petits-enfants un monde en aussi mauvaise posture qu’aujourd’hui où sévissent inégalités sociales, gaspillage, consumérisme et populisme, malgré tant d’avancées scientifiques, technologiques et médicales. Le réchauffement climatique nous échaude, je dirais, autant sinon plus que vous.

Comme nos parents, nous devons à notre tour prêter flanc aux reproches d’une jeunesse, la vôtre, beaucoup plus informée que la nôtre.

Par excès de fougue, mais non d’idéalisme, vos affirmations sont parfois trop alarmistes. Néanmoins, vous avez le droit de prendre parole, surtout quand il s’agit de l’avenir de notre planète. Il est quasi minuit moins une.

Tu t’attires beaucoup de critiques méchantes même quand tu dis à des parlementaires à l’Assemblée nationale en France que ce qui compte pour vous, les jeunes, c’est qu’ils prennent très au sérieux ce que disent les scientifiques. Mais voilà, les élus préfèrent le jeu de la partisanerie à l’objectivité et au savoir éprouvé d’experts scientifiques. S’ils écoutaient attentivement et agissaient en conséquence en toute urgence, toi et tous les jeunes comme toi, qui faites grève les vendredis de votre année scolaire, n’auriez plus qu’à vous concentrer sur vos études et votre devenir dans le meilleur des mondes.

Greta, tu n’es ni sainte, ni icône, ni marionnette d’écolos-alarmistes. Ta détermination est franche et absolue. Elle joue certes sur les émotions, mais aussi la rationalité. Souhaitons que ta génération soit plus convaincante que la nôtre !