Juin a été le mois le plus chaud de l’histoire à l’échelle de la planète. Et alors ?

Loujain Kurdi Loujain Kurdi
Conseillère en communications, Greenpeace Canada

Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Et alors ?

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a qualifié cela de « catastrophe pour la vie sur terre… ». Et alors ?

Et alors, les temps ont changé. Et il va falloir que nous changions aussi, et très vite !

Lorsque la canicule sévit en Inde, en France ou chez nous au Canada, que la vie des gens est en danger et que le bétail en meurt, il n’est pas exagéré de dire qu’il y a un problème, non ?

Le monde a compris que nous vivons une crise climatique mondiale sans précédent. Aujourd’hui, qui dit canicule comprend que c’est une question de vie ou de mort ; qui dit inondations ou événements météorologiques extrêmes comprend qu’il y aura des milliers de déplacés climatiques ; qui dit pollution de l’air et îlots de chaleur comprend que cela impacte notre santé, celle de nos aînés, de nos plus petits et des personnes les plus vulnérables ; qui dit précarité sociale dit exclusion et adaptation plus difficile aux désastres environnementaux…

Canicule mortelle

Mais sommes-nous capables de surmonter ces défis ? Prenez, par exemple, juillet 2018 à Montréal. C’était le mois le plus chaud jamais enregistré en 97 ans. Il y a eu plus de 60 morts reliées aux canicules. C’est très triste. Ce qui est encore plus triste, c’est de savoir que cela pourrait se reproduire. Une telle tragédie nous fait aussi prendre conscience des réalités qui se cachent derrière les changements climatiques.

Saviez-vous que trois de ces morts ont été enregistrées dans le quartier de Parc-Extension, adjacent à Mont-Royal ? Et alors, me direz-vous ? Parc-Extension est l’un des quartiers les plus pauvres au Canada. Mont-Royal, l’un des secteurs les plus riches de Montréal. Or, dans ce dernier, il n’y a eu aucune perte de vie. Permettez-moi donc de croire que les enjeux sociaux et environnementaux, dans notre contexte d’urgence climatique, sont un tantinet reliés. Notre droit à un environnement sain est aussi notre droit à une vie digne.

Dans son rapport printanier, Environnement Canada nous l’a rappelé très clairement : « Les changements climatiques rendront les vagues de chaleur au Canada plus fréquentes et plus intenses. » Ça ne vous fait plus d’effet ? Écoutez un urgentologue québécois : « Les changements climatiques représentent le plus grand problème de santé publique de l’humanité actuellement. » Ce sont les mots du DÉric Notebaert lors de la conférence de presse du lancement du New Deal Vert.

Ce qui m’a émue, ce jour-là, c’est son cri du cœur : « Et la solution n’est certainement pas de climatiser leurs résidences, comme on a pu l’entendre récemment. C’est comme si on proposait un sparadrap à un polytraumatisé en danger de mort. »

Croyez-vous qu’en climatisant les résidences de ces trois personnes, on aurait pu les sauver ? Oui, fort probablement. Mais avoir l'air climatisé chez soi nous aiderait-il à contrôler les vagues de chaleur et à contenir le réchauffement planétaire ?

La véritable question est plutôt : est-ce qu’avoir l'air climatisé rendrait nos communautés plus aptes à mener une vie saine, épanouie et digne de ce nom ? Mais surtout, en installant plus de climatiseurs, se débarrasse-t-on du problème de l’urgence climatique ?

Voyez-vous, le paradoxe des climatiseurs est qu’ils nous refroidissent, mais qu’ils réchauffent la planète. Ironie du sort, en effet. Selon un rapport publié en mai par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les émissions de dioxyde de carbone liées à la climatisation devraient presque doubler entre 2016 et 2050, à raison de 1 milliard de tonnes par an. En octobre dernier, des scientifiques de partout dans monde nous ont suppliés de contenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C d’ici 2030. Donc en gros : couper de moitié nos émissions de gaz à effet de serre globales… en 11 ans.

Donc, la climatisation, c’est un cercle vicieux, et surtout une fausse solution à un problème complexe.

Il y a les milliers de tonnes de CO2 émis par l’industrie pétrogazière. Cette dernière continue pourtant de creuser, de polluer et de contribuer à la crise climatique. Tout cela aux dépens de notre santé physique, mentale, de la santé des écosystèmes, de la faune, de la flore, de l’Arctique… bref, de tout !

De toute évidence, jour après jour, nous comprenons que la lutte contre les changements climatiques ne peut plus demeurer une discussion entre environnementalistes et scientifiques, ponctuée de déclarations d’urgence climatique superficielles par nos politiciens. C’est une crise plurielle, intersectionnelle, environnementale, sociale et raciale.

Alors le temps est venu d’y faire face. Il faut élargir notre champ de vision, y croire, nous serrer les coudes, nous mobiliser, nous rassembler sous la bannière du New Deal Vert et agir. Bâtissons ensemble les solutions pour un avenir où la justice climatique, sociale et environnementale sera la norme.

Et alors ? Et alors, cela ne dépend que de vous et de moi.