En réplique au texte de Michael Nederhoff, directeur général de JUUL Labs au Canada, intitulé « Nous ne ciblons pas les jeunes » paru dans la section Débats, le 7 juillet dernier

Neil E. Collishaw Neil E. Collishaw
Directeur de recherche, Médecins pour un Canada sans fumée

Le directeur général de JUUL Labs au Canada, Michael Nederhoff, cherche à nous tromper à l’aide d’une demi-vérité (La Presse, 7 juillet 2019). Il nous assure que ses produits sont « offerts en concentrations de nicotine de 5 %, 3 % et 1,5 %, conformément à la réglementation de Santé Canada ».

Le problème avec cette déclaration est que Santé Canada n’a pas de règlement spécifique sur les produits de vapotage, ni en vertu de la Loi sur le tabac et les produits de vapotage ni en vertu de la Loi canadienne sur la sécurité des produits de consommation.

Le seul règlement qui s’applique, non seulement aux produits de vapotage, mais à tous les produits contenant de la nicotine, c’est le Règlement sur les produits chimiques et contenants de consommation, qui limite la concentration de nicotine à 66 mg/g.

À partir de ce seuil, un produit avec nicotine est considéré comme « très toxique » et ne peut être vendu. Pour ce qui est des concentrations entre 10 et 66 mg/g, il s’agit de produits classés comme « toxiques » et sont normalement soumis à des exigences d’étiquetage.

Mais le gouvernement fédéral a décidé en mai 2018 d’exempter les produits de vapotage de ces exigences « pour permettre à l’industrie de trouver des produits qui répondraient aux exigences relatives aux contenants protège-enfants ».

Ainsi, en plus d’échapper aux mises en garde réglementées, les produits de JUUL à 59 mg/ml constituent les produits de vapotage les plus toxiques sur le marché canadien.

En juin 2019, Santé Canada a publié un projet de règlement qui exigerait, parmi d’autres mesures, certains avertissements de danger sur les produits de vapotage. Ces derniers pourraient inclure des mises en garde en lien avec la concentration de nicotine – mais il faudra attendre de nombreux mois, voire des années, avant que ce projet de réglementation ne soit finalisé et mis en œuvre.

Le gouvernement fédéral pourrait et devrait faire mieux. Il pourrait interdire rapidement la quasi-totalité de la publicité pour les produits de vapotage, ainsi que la vente au public de dispositifs de vapotage comportant des concentrations de plus de 20 mg/ml, soit la limite actuellement en vigueur dans l’Union européenne.