Les pratiques qualifiées de violences obstétricales et gynécologiques n’ont jamais eu leur place au Québec.

Diane Francœur Diane Francœur
Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

En tant que femme, obstétricienne gynécologue, ancienne présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec et de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada et actuelle présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, je dis non aux violences obstétricales.

Tout comme les lectrices et les lecteurs de La Presse, j’ai été choquée de lire l’histoire de la femme qui a vécu une expérience en obstétrique qu’elle a qualifiée de traumatisante. Espérons que cette mère et son enfant se portent bien. Ce cas isolé devait être décrié et c’est pourquoi le cas du médecin en cause a été analysé par les instances du Collège des médecins du Québec. On ne peut évidemment défendre ces rares cas indéfendables.

Cependant, je considère qu’il est essentiel pour la qualité du débat de rappeler quelques faits qui me semblent importants à prendre en compte. Je pratique en obstétrique-gynécologie depuis près de 25 ans, j’ai côtoyé de nombreux collègues qui ont comme moi réalisé des milliers d’accouchements dans leur carrière et j’ai vu tout autant de familles heureuses. Je peux aussi affirmer que je n’ai jamais observé de situations que l’on pourrait qualifier de « violences obstétricales et gynécologiques ».

Plusieurs actes médicaux se déroulent dans un contexte de douleur qui complexifie grandement les communications entre le médecin et la patiente. Accoucher, ça fait mal.

Je ne veux excuser d’aucune manière le manque de respect, mais l’urgence d’agir entre deux contractions fait en sorte que le consentement est parfois trop expéditif.

Entre le début de la souffrance fœtale et le moment de la réanimation, nous disposons de 12 courtes minutes (en situation de césarienne) pour donner naissance à un petit être sans séquelles. Une douzaine de minutes déterminantes pour toute la famille.

Respect et bonne communication

Je m’interroge toutefois sur l’importation de ce mouvement européen au Québec, où la pratique est différente. Ici, nous multiplions les options des femmes pour l’accompagnement vers la naissance et l’accouchement : maisons de naissances, accouchements à l’hôpital avec sages-femmes, suivis conjoints avec les médecins traitants pour transférer les femmes à la dernière minute lorsque leur petit bébé aura besoin de grands soins ou de chirurgie.

Nous offrons l’AVAC (accouchement vaginal après césarienne) dans tous les hôpitaux et, contrairement à ce qui est évoqué dans le texte, c’est une norme bien respectée par les gynécologues obstétriciens. Nous offrons aussi l’épidurale sur demande partout au Québec. Le respect et la bonne communication sont enseignés à toutes les étudiantes et tous les étudiants en médecine. Je suis moi-même professeure agrégée à l’Université de Montréal et j’y enseigne le respect inconditionnel des femmes depuis 25 ans, avec mes collègues infirmières.

Lorsqu’il est question de respect des femmes, c’est tolérance zéro ! Comme rien n’est parfait, nous continuerons de nous améliorer tout en évitant d’importer des problèmes qui ne sont pas les nôtres.

Je vous invite, mesdames, à nous faire signe si vous sentez qu’on vous manque de respect. Votre médecin a votre santé à cœur et celle de votre bébé, mais la communication est un défi pour tous, particulièrement en période névralgique.