J’ai lu dernièrement une citation qui m’a directement touchée : « When one teaches, two learn. » (Robert Heinlein) En cette fin d’année un peu émotive pour moi, cette phrase m’a beaucoup fait penser à la façon dont je vois mon travail.

Catherine Marquis Catherine Marquis
Enseignante en francisation des adultes, Centre William-Hingston

Je suis enseignante depuis un peu plus de deux ans. J’enseigne en francisation des adultes. Depuis le début de ma courte carrière, une chose a toujours été claire pour moi : j’enseigne le français, c’est moi l’experte dans la classe. Mais à 26 ans, très souvent, c’est aussi moi la plus jeune de la classe. Ça fait que, si j’en connais beaucoup plus sur le français et sur le Québec que mes élèves, eux, ils en savent beaucoup plus que moi sur la vie. J’essaie de ne jamais l’oublier et je pense que c’est pour ça que j’aime autant mon travail.

Depuis janvier dernier, j’ai eu la chance d’accompagner un groupe d’élèves extraordinaires.

J’ai suivi la plupart d’entre eux du niveau 2 au niveau 4. Je les ai écoutés dire leurs premières phrases complètes en français et, aujourd’hui, je les entends parler de tout et de rien, raconter leurs souvenirs et leurs projets, dans la langue de Molière, avec la plus grande fierté. On en a fait du chemin ensemble pendant les six derniers mois. Et si je peux dire que, grâce à moi, ils ont appris la conjugaison des verbes du troisième groupe au présent ou encore le passé composé des verbes pronominaux, et qu’ils savent utiliser le français pour aller chez le médecin et louer un appartement, grâce à eux, moi aussi, j’ai appris énormément.

De vraies épreuves

J’ai eu un élève qui a quitté son pays pour fuir la guerre en laissant toute sa famille derrière lui, un autre qui a habité trois ans en zone de conflit avant de pouvoir s’établir ici, une autre qui est seule à la maison pour s’occuper de ses enfants pendant que son mari travaille à l’étranger, un autre qui étudie le matin 30 heures par semaine et travaille le soir 35 heures pour soutenir sa famille, un autre qui attend impatiemment qu’on lui donne une date d’audience pour savoir si sa demande d’asile sera acceptée…

Malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent, mes élèves trouvent le moyen de se présenter dans ma classe tous les matins avec le sourire, de me dire un beau bonjour en français et de se concentrer pendant quatre heures pour apprendre une langue qui, disons-le franchement, n’est pas reconnue pour sa simplicité.

Ainsi, à leur façon, tous les jours, ils m’enseignent la valeur de l’effort, du courage et de la persévérance.

Dans une classe où les gens proviennent d’au moins 10 pays différents, parlent des langues différentes et ont des croyances différentes, ils m’enseignent aussi l’humilité, le respect de l’autre, l’entraide et la patience. Ils me montrent qu’on peut s’ouvrir aux autres tout en restant fidèle à soi-même et qu’on ne doit pas avoir peur de s’accepter tel qu’on est. Ils me montrent aussi qu’on peut trouver du plaisir dans les choses les plus simples de la vie, dans les petites victoires du quotidien, à travers les espoirs qui naissent et les nouvelles amitiés qui grandissent. Ils me rappellent enfin combien c’est important de profiter de la vie à chaque instant, d’apprécier ce qu’on a et de ne pas avoir peur des nouvelles expériences.

Bref, même si c’est moi l’enseignante, je peux dire que j’ai appris au moins autant que mes merveilleux élèves cette année. Grâce à eux, je sais que j’ai le plus beau métier du monde. Pour tout ça, je veux leur dire un énorme merci !