Une crise sévère du logement sévit actuellement dans plusieurs régions du Québec. Alors que nous alertons depuis plusieurs mois les autorités politiques sur les difficultés importantes que vivent de nombreux ménages locataires à se loger adéquatement, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, nie encore qu’une crise du logement est à nos portes.

Maxime Roy-Allard et Véronique Laflamme
Respectivement porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, et porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain

Bien que nous accueillions favorablement les récentes mesures annoncées par la ministre pour aider les ménages à risque de se retrouver sans logement, nous estimons qu’il faut faire beaucoup plus pour mieux loger les locataires et garantir le droit au logement.

Tout d’abord, il est primordial de favoriser l’accès au logement de manière pérenne. Annoncer des mesures d’urgence à quelques jours du 1er juillet n’est pas une solution à long terme.

Il faut au contraire rehausser notablement les budgets nécessaires à la construction d’au moins 50 000 logements sociaux en cinq ans pour l’ensemble du Québec. Le gouvernement québécois baigne actuellement dans les surplus budgétaires, il a les moyens d’investir massivement dans le logement social et ainsi loger des milliers de ménages hors du marché privé de l’habitation.

Sachant que plus de 450 000 ménages locataires québécois accordent chaque mois plus de 30 % de leur revenu au paiement du loyer et que près de 200 000 d’entre eux en engloutissent la moitié, les gouvernements se doivent d’intervenir davantage dans la sphère du logement. Or, en raison de l’inertie gouvernementale actuelle, les locataires doivent souvent couper dans leurs besoins de base comme l’alimentation, le transport ou les médicaments.

Pire encore, c’est souvent une incapacité de payer le loyer à temps qui les attend et donc une éviction rapide de leur logement. Le cercle vicieux de la pauvreté suit alors son cours.

Parallèlement à un réinvestissement dans l’habitation sociale et communautaire, le gouvernement du Québec doit réglementer davantage le marché privé de l’habitation. Lorsque les taux d’inoccupation baissent de manière importante, nous observons une exacerbation de phénomènes préoccupants, voire souvent illégaux : discrimination dans l’accès au logement, hausses de loyer abusives, notamment lors du départ des locataires, augmentation du nombre de reprises de logement et d’évictions de locataires.

Pour contrer ces abus, la ministre Andrée Laforest doit passer à l’action. D’une part, pour freiner la flambée des loyers, il est urgent de créer un contrôle obligatoire des loyers. Un tel contrôle transférerait ainsi le fardeau aux propriétaires quant à la justification de la hausse demandée, comme c’est le cas actuellement en Ontario.

Il faut également mettre sur pied un registre des loyers afin de permettre aux locataires de connaître exactement l’ancien prix payé. Actuellement, nombreux sont les propriétaires qui ne donnent pas cette information, ou encore qui indiquent un prix erroné pour obtenir un loyer démesurément augmenté. Un registre permettrait ainsi aux locataires d’enfin faire appliquer les dispositions au Code civil qui leur permettent de faire fixer le prix du loyer suivant la signature d’un bail. Ces mesures auraient aussi l’avantage de lutter contre la spéculation immobilière, une des grandes responsables de la flambée des prix dans le milieu de l’habitation.

Discrimination et insalubrité

D’autre part, il faut mieux protéger les locataires contre la discrimination et les évictions. C’est pour cette raison que nous réclamons une réforme complète de la Régie du logement pour bonifier les droits des locataires dans les cas de non-paiement de loyer, de reprise de logement et d’éviction. Actuellement, en passant par la voie des tribunaux, il est extrêmement facile pour un propriétaire mal intentionné de se débarrasser de locataires dans le simple but d’augmenter ses profits.

Enfin, pour lutter contre l’insalubrité des logements, Québec doit créer un code du logement provincial qui dicterait les normes minimales en termes de salubrité et de sécurité.

Les logements insalubres sont un véritable fléau dans plusieurs régions du Québec, et nombreux sont les ménages locataires qui mettent en péril leur santé et leur sécurité. Avec la création d’un code du logement et des ressources nécessaires pour l’appliquer, il serait enfin possible de sévir rapidement contre les propriétaires délinquants qui négligent l’entretien de leur immeuble.

Étant signataire du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Québec a des obligations à respecter en matière de logement, et ce, « au maximum de ses ressources disponibles ». Avec des surplus anticipés de plusieurs milliards de dollars, il peut de toute évidence faire mieux. Au-delà des pactes, des budgets et des projets de loi, le gouvernement du Québec et la ministre Andrée Laforest ont l’obligation morale de s’assurer que l’ensemble de la population soit bien logé. Le logement est un droit fondamental, qui se doit d’être abordable, suffisamment grand et de bonne qualité.