C’était quelques jours avant la fin de l’année scolaire dans une école primaire de Sherbrooke. Une école de 200 élèves dont plus de la moitié sont issus de l’immigration. De toute évidence, une école pas très favorisée.

Guy Gagné Guy Gagné
Cadre retraité du secteur de l’éducation

Nous sommes là, ma conjointe et moi, à titre de grands-parents, parce que nos deux petits-enfants participent à un spectacle. À l’affiche, le Pop band académie en compagnie de chaque groupe/élèves de l’école.

L’activité est une initiative d’Yves, l’enseignant de musique de l’école. Celui-ci, avec le soutien de la commission scolaire et en quêtant à droite à gauche, a réussi à acquérir une série d’instruments. Son objectif : que chaque élève maîtrise au moins un instrument de musique et livre son savoir dans un spectacle en fin d’année.

Chaque groupe présente un numéro. L’exécution n’est pas toujours parfaite, mais après chacune des prestations, les « artistes », qu’ils soient solistes, choristes, instrumentistes, croulent sous les applaudissements de la salle, tout à fait mérités, car les jeunes sont magnifiques à voir aller !

Derrière ce succès, il y a un enseignant de musique au primaire, Yves, qui a osé faire les choses autrement ! Celui-ci ne fait pas que transmettre une matière ; il a entraîné ses jeunes dans un projet collectif. 

Ce faisant, il permet possiblement à certains de se découvrir un goût, voire un talent pour la musique. Il aide aussi chacun à sortir de sa zone de confort, à prendre confiance en ses moyens, à se dépasser, à grandir.

À tous, il fait aimer l’école ! Pourtant, cet enseignant ne voit ses groupes qu’une heure par semaine. Beaucoup de résultats en peu de temps ! Quel talent, comme enseignant ! Tout cela dans une école multiethnique où l’on apprend aussi le vivre-ensemble.

Dans notre système d’éducation, force est de constater que l’école évolue beaucoup plus lentement que la société. La classe typique d’aujourd’hui ressemble à celle d’il y a 100 ans : l’enseignante postée devant le tableau dispense son savoir à un groupe d’élèves assis en rangées devant elle. Ceux-ci doivent mémoriser les connaissances et les répéter dans un examen à venir. Un peu de caricature dans cette description, mais à peine.

Avec l’arrivée des technologies numériques, l’école a perdu son monopole sur la détention et la transmission des connaissances. Avec un téléphone intelligent, le jeune tient aujourd’hui dans sa main ce qui se trouvait jusqu’à récemment dans la tête des enseignants et dans des milliers de volumes, et il y a accès instantanément.

Cela ne veut pas dire que l’école n’a plus sa raison d’être. Au contraire, celle-ci peut bonifier son rôle et mieux préparer le jeune à s’intégrer dans une société complexe qui évolue de plus en plus rapidement. 

Tout ça en développant davantage l’esprit critique, la créativité, la capacité de s’exprimer, d’écouter, de travailler en équipe, de collaborer, etc.

En un mot, en visant davantage le développement global du jeune et son épanouissement. Pour réussir dans la vie, il n’y a pas que les connaissances !

Ce virage implique des activités d’apprentissage différentes de celles pratiquées à date, des modes d’évaluation modifiés, une autre organisation des lieux, etc. Certaines écoles, surtout privées, ont entrepris cette transformation. L’enseignant n’est plus à l’avant de la classe, mais au milieu des jeunes qui travaillent, qui sont devenus actifs dans leur formation, qui risquent de mieux aimer l’école.

Yves est un éducateur créatif, engagé ; un éducateur du XXIe siècle !

Mes hommages, Yves !