Jusqu’à très dernièrement, Touché-coulé* était mon jeu préféré sur iPhone. C’est rapide, ça se joue à distance et ça prend une petite connexion internet… Touché-coulé était donc mon petit moment de pause chaque fois que je cherchais un peu de confort dans le monde virtuel, mon petit moment de déconnexion.

Mahsa Abbas zadeh Mahsa Abbas zadeh
Coopérante volontaire, Montréalaise d’origine iranienne

Mais, depuis quelques semaines, j’ai commencé à avoir des doutes… mon ressenti a changé par rapport à ce jeu bien inoffensif. J’ai commencé à m’apercevoir que je gagnais de moins en moins face à mon adversaire, et que si la chance du débutant m’avait aidée quelques fois au départ, mes gains devenaient de plus en plus rares.

Face à mes multiples échecs, la petite cartésienne en moi a essayé de trouver une logique dans le jeu, à compter les carrés vides et à cibler les cases ayant le plus de probabilité de contenir des navires ennemis, cet ennemi que je voulais tant faire couler… 

Une fois que mon côté cartésien a échoué, je n’avais pas d’autre choix que de compter sur mon intuition. Avec mon intuition au volant, enfin à la barre de gouvernail, je me laissais aller, je ciblais librement, sans réflexion.

Mais hélas, même mon intuition ne pouvait plus m’aider à gagner à ce petit jeu de rien du tout.

Mon partenaire de jeu gagnait peu importe mon approche, il savait où cibler dès le début, il avait toujours une longueur d’avance sur moi. J’ai fini par admettre qu’il a peut-être des ancêtres vikings, sinon certainement un lien avec Jacques Cartier ou peut-être même Christophe Colomb, celui qui a fait une des plus grandes découvertes du monde simplement en se trompant ! 

J’ai commencé finalement à réaliser que ce n’était pas un jeu pour moi, que j’étais plutôt une fille de la terre, de la montagne, des oasis et des jardins persans. Que de jouer au Touché-coulé avec des fils de Vikings, c’était dangereux pour moi, pour mon ego en tout cas…

Un jeu dangereux

Touché-coulé, c’est dangereux. Que tu sois à bord d’un navire virtuel, à bord d’une petite pirogue surchargée qui s’aventure dans la Méditerranée ou que tu te trouves dans un vrai navire qui flotte sur les eaux du Moyen-Orient.

Touché-coulé, c’est surtout dangereux si tu te trouves au milieu d’un jeu entre des ennemis de longue date, contre ton gré.

À bord d’un navire piraté depuis 40 ans, un navire qui est déjà en train de couler tellement il a vécu de malheurs, à coup d’attaques de pirates de la révolution, à coup de vagues énormes, à coup de vents qui soufflent parfois de l’est, parfois de l’ouest. À coup d’interdictions d’embarcation, à coup d’immobilisation par les embargos.

Touché-coulé, c’est dangereux si tu as le mal de mer, si les pirates t’ont torturé au point que tu sois affamé, essoufflé, désespéré.

Touché-coulé, c’est dangereux si le navire se trouve dans la mer des requins, ceux qui souhaitent que le navire chavire depuis longtemps, ceux qui sont attirés par le sang, ceux qui souhaitent dévorer les cadavres ayant les yeux immobiles ; les yeux persans.

Touché-coulé, c’est dangereux si tu te trouves à bord d’un navire piloté par des pirates et menacé par des alliés des requins : des navigateurs de la guerre…

* La bataille navale, explique Wikipédia, appelée aussi Touché-coulé, est un jeu de société dans lequel deux joueurs doivent placer des « navires » sur une grille tenue secrète et tenter de « toucher » les navires adverses. Le gagnant est celui qui parvient à couler tous les navires de l’adversaire avant que tous les siens ne soient coulés.