Plus tôt cette semaine, des milliers de personnes se sont rassemblées à Calgary pour promouvoir l’industrie pétrolière et gazière. Ces personnes demandaient au gouvernement fédéral de Justin Trudeau d’éliminer tout obstacle à la prospérité de l’industrie des hydrocarbures et promouvaient ainsi, entre autres, l’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain.

Gabrielle Léonard-Benoit Gabrielle Léonard-Benoit
Baccalauréat d’études générales en éducation, coordonnatrice du comité développement durable de l’AGEEFEUS, Université de Sherbrooke

Vous n’avez peut-être pas été surpris, d’emblée, par une telle manifestation. Ils sont comme ça là-bas, avez-vous pensé. Vous ne vous êtes peut-être pas non plus sentis concernés par celle-ci, l’Alberta n’est pas à la porte quand même. S’il en est ainsi pour certains, pour d’autres, cette manifestation est déplorable en contexte de crise écologique.

Je fais partie de cette équipe. En m’informant sur l’événement, j’ai vécu un malaise.

Pensons-y : des milliers de personnes se rassemblent. Des milliers. Pas dix. Pas cinquante. Des milliers font la promotion de l’industrie des hydrocarbures en ayant le sourire aux lèvres et en étant convaincues qu’il est sensé et moralement acceptable, en pleine ère de crise écologique, de crier haut et fort que le Canada doit poursuivre tout projet de construction ou d’agrandissement de pipelines sur son territoire, dans ses cours d’eau.

J’ai tenté de comprendre ce qui expliquait qu’une telle manifestation ait lieu dans ce contexte de crise écologique.

Il y a cette explication du clivage politique présent au sein de notre cher Canada. Je comprends ce clivage, je comprends qu’on n’ait pas tous les mêmes valeurs ni les mêmes idéaux politiques, mais il y a des limites. L’avenir viable de nos enfants et ce qu’on leur lègue en sont.

Ma formation en éducation m’amène plutôt à réfléchir et à tenter de trouver réponse autrement, ailleurs : ces manifestants, qu’ont-ils appris ? Que n’ont-ils pas appris ? Qu’ont-ils compris ? Comment réfléchissent-ils ? Comment évoluent-ils ?

Est-ce en fait ainsi qu’ils évoluent ?

À l’heure où l’alarme mondiale sonne, que constatons-nous par la tenue d’une telle manifestation ? Un dangereux ancrage idéologique conservateur (ben oui, je l’ai écrit !) : des milliers de personnes canadiennes qui ne se soucient toujours pas de la dégradation environnementale occasionnée, par exemple, par tout projet de construction ou d’agrandissement de pipelines. Des milliers de personnes canadiennes toujours aveuglées par la prétendue richesse qui coule à l’intérieur de gros tuyaux ; l’eau de la vie, certes.

Sous-jacente à cette problématique se trouvent dans mon esprit les questionnements suivants : est-ce qu’on peut vraiment continuer de miser sur cette culture dominante, celle de la croissance économique, lorsque des impacts majeurs sans précédent sur notre environnement peuvent être occasionnés ? N’est-ce pas plutôt risqué ? N’est-ce pas plutôt un tel discours et une telle posture qui seront coûteux pour notre avenir collectif ?

« Tu es naïve avec tes questions, nous vivons dans un monde capitaliste. »

Are you kidding me ?

La richesse d’un peuple

Je fais mes devoirs. Je m’informe en lisant, en écoutant, en visitant. Les solutions, il y en a plusieurs. Ce qu’il y en a, c’est beau, c’est grand ! Et elles continueront d’être découvertes, de naître et de faire leurs preuves. Je leur fais confiance.

Et vous ?

À ceux qui croient que nous devons continuer d’investir massivement dans les hydrocarbures, car ce serait en eux seuls que nous trouverions richesse, je vous invite à réfléchir à ces mots : la richesse d’un peuple. Et je termine simplement en vous disant : permettez-nous d’être ingénieux et de nous diriger vers des solutions plus respectueuses de notre milieu de vie et de notre Terre. Nous devons nous éloigner de certains ancrages idéologiques ; ne soyons pas arriérés dans nos mentalités, si vous me le permettez.

Le Canada se doit de tenir compte des manifestations de la dégradation de ses milieux naturels dans toutes ses décisions.

* Également coordonnatrice du comité développement durable de l’AGEEFEUS