« Quiconque s’attache à écouter la réponse des enfants est un esprit révolutionnaire. Les autres soi-disant révolutions ne changeront rien. »

Guillaume Landry et Nadja Pollaert
Respectivement directeur général du Bureau international des droits de l’enfant, et directrice générale de Médecins du Monde Canada

Cette phrase de Françoise Dolto devrait être la ligne directrice de cette commission dont le mandat ambitieux est malheureusement davantage centré sur les institutions que sur les enfants. Les filles et les garçons, vulnérables ou non, sont les grands absents de tous les débats suscités par la mise sur pied de cette initiative louable.

Le piège de l’exercice auquel la société québécoise s’apprête à se livrer est de coller des étiquettes sur des « cas » d’enfants – autochtones, migrants, pauvres, vivant avec un handicap, victimes de violences sexuelles, etc. – sans tenir compte de toute la complexité des trajectoires individuelles des enfants. Pourtant, le système québécois de protection de l’enfant doit être en mesure de protéger et de promouvoir les droits de tous les enfants sans exception, aussi diverses soient leur histoire, leur origine et leurs conditions de vies.

Parce que nous sommes en 2019 et que cette année marque le 30e anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant, nous ne devrions plus avoir à le répéter : il faut impérativement impliquer les enfants dans la création de structures et de politiques visant à les protéger. S’ils sont assez grands pour subir nos déroutes, notre négligence et nos violences, ils sont assez forts pour nous dire ce qu’ils en pensent et faire entendre leur voix.

Ainsi, ce n’est pas à l’enfant de se conformer aux processus de la commission : c’est tout le contraire ! Il incombe aux commissaires de créer des conditions et des espaces sécuritaires pour permettre aux enfants d’exprimer leur point de vue et de témoigner de leurs expériences. 

Au-delà d’une participation anecdotique, une véritable consultation des enfants permettra de dégager des trajectoires, des perspectives et des expériences et nous rendra à même de déterminer les lacunes du système de protection.

Les modèles en ce sens foisonnent. Nombre de pays se sont dotés de parlements des enfants qui se penchent régulièrement sur divers dossiers et contribuent à la réflexion en vue de la prise de décision des élus. Un réseau mondial d’ombudsmans d’enfants chargés de défendre et de promouvoir les droits de l’enfant s’est doté d’une expertise concrète dans la tenue d’ateliers et de travaux consultatifs avec les enfants. Il faut noter que le Québec ne s’est jamais doté d’un parlement des enfants ou d’une fonction d’ombudsman d’enfant. 

Le Comité des droits de l’enfant de Genève a produit des observations générales spécifiques pour soutenir les États dans la promotion du droit de l’enfant à être entendu dans divers processus consultatifs. Le mois dernier, l’Union européenne a tenu en Roumanie son premier sommet des enfants, mettant en branle un processus par lequel les enfants pourront faire entendre leur point de vue auprès des instances décisionnelles européennes sur les sujets les concernant. 

Des organisations internationales, dont le Bureau international des droits des enfants dont le siège mondial est à Montréal, possèdent un savoir-faire technique pour veiller à ce que de tels processus consultatifs soient significatifs, éthiques et non préjudiciables.

Ne l’oublions pas : l’objectif ultime de cette commission est de replacer l’enfant au cœur des interventions, et non de repenser nos modèles en fonction d’enjeux administratifs. Nos institutions ont le devoir de s’adapter à l’expérience de chaque enfant ; il en va de la crédibilité fondamentale des transformations qui s’annoncent.