Imaginez que vous avez un stock de ressources énergétiques se chiffrant dans les milliards de dollars, et que tout ce qu’il vous manque pour le mettre en valeur et en faire profiter votre économie locale, c’est les infrastructures de transport nécessaires pour l’exporter.

Publié le 13 juin 2019
Renaud Brossard
Renaud Brossard Directeur Québec, Fédération canadienne des contribuables

Vous tentez différents projets pour pallier ce manque et construire les infrastructures d’exportation nécessaires, mais, chaque fois, l’un des territoires par lesquels vous devez transiter afin d’atteindre votre marché cible s’oppose à ce que vos infrastructures de transport passent dans sa cour.

C’est exactement ce qui est en train de nous arriver avec les projets Northern Pass et New England Clean Energy Connect d’Hydro-Québec.

L’an dernier, c’est plus de 200 TWh d’électricité qu’Hydro-Québec a vendus, pour des revenus de près de 15 milliards. Malgré ces chiffres impressionnants, Hydro-Québec a « trop » d’électricité. L’eau s’accumule plus vite derrière ses barrages que la société ne réussit à vendre l’électricité qu’elle y produit.

Elle doit donc régulièrement ouvrir les vannes pour la laisser s’écouler, sans qu’il y ait d’électricité produite, faisant perdre des millions en revenus potentiels. En 2016, lorsque le Massachusetts a adopté une nouvelle loi imposant des cibles d’énergie propre à ses fournisseurs d’électricité, Hydro-Québec y a vu une occasion en or et s’est empressée de déposer des projets de nouvelles lignes d’exportation afin de pouvoir combler ces besoins. 

C’est vite devenu un élément-clé de la promotion du projet Northern Pass, qui ferait passer une ligne électrique par le New Hampshire afin de se rendre jusqu’au Massachusetts, puis le New England Clean Energy Connect, celui-ci passant par le Maine. 

Opposition féroce

Malheureusement pour Hydro-Québec, les opposants locaux ont eu raison du projet Northern Pass au New Hampshire, et l’opposition locale semble être assez féroce contre le New England Clean Energy Connect au Maine.

Dans chacun de ces cas, l’opposition est basée sur le fait qu’aucun de ces territoires ne veut voir passer ces lignes électriques dans sa cour.

Si le Maine gagne son combat, Hydro-Québec perdra près de 10 milliards en revenus potentiels. C’est notre économie qui souffrirait parce que nos voisins du Sud ne veulent pas voir passer une ligne électrique.

Du Maine à l’Alberta

Si l’attitude antidéveloppement du Maine vous frustre, imaginez le ressentiment qu’il y a en Alberta par rapport à Énergie Est. En ce moment, 44 % du pétrole que nous consommons provient du reste du Canada, principalement de la Saskatchewan et de l’Alberta. Un autre 37 % provient des États-Unis, principalement du Texas, où nos compatriotes de l’Ouest sont forcés de vendre leur production au rabais étant donné le manque de pipelines d’exportation.

En d’autres termes, nos compatriotes vendent du pétrole à bas prix aux Américains, qui s’empressent ensuite de nous le revendre au gros prix et d’empocher la différence. Vous ne trouvez pas ça ridicule, vous ?

Cette différence dans le prix du pétrole représente une perte annuelle de 20,6 milliards pour l’économie canadienne, ce qui a un impact direct sur les taxes et les redevances versées par les pétrolières aux gouvernements provincial et fédéral, en plus de l’impact indirect sur les taxes associées aux emplois et à l’activité économique potentielle locale que cela aurait occasionné. Ça, c’est chacun d’entre nous, où que nous soyons au pays, qui pourrait en bénéficier.

Ne nous y méprenons pas : nos lignes électriques d’exportation, ce sont les pipelines du Québec, et l’opposition du Maine nous frustre autant que notre opposition frustre les Albertains. La différence est que, contrairement au Maine, nous retirerions un bénéfice direct des pipelines.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion