Demain, 12 juin, Jason Kenney sera l’un des invités de la Conférence de Montréal organisée par le Forum économique international des Amériques (FEIA). Une pléthore de gens d’affaires, d’universitaires et de politiciens sera présente, dont évidemment beaucoup seront issus du Québec.

Jean-François Thibault
Jean-François Thibault Consultant en énergie et étudiant à la maîtrise en management à HEC Montréal

Il s’agira d’une plateforme de choix pour le premier ministre de l’Alberta afin de s’adresser une fois de plus aux Québécois, lui qui l’avait fait une première fois — dans un français plus qu’acceptable — lors de son discours de victoire le soir des élections albertaines du 17 avril dernier.

Il en avait par la suite appelé à une alliance entre le Québec et l’Alberta comme à l’époque du premier ministre péquiste René Lévesque et de son homologue albertain Peter Lougheed. Rappelons que ces derniers avaient fait un moment front commun lors des péripéties ayant mené au rapatriement de la Constitution du Canada, notamment pour se défendre contre les ingérences du gouvernement fédéral dans les champs de compétence des provinces.

Plusieurs avaient noté alors que l’Alberta constituait pour le Québec un allié nettement plus fiable que l’Ontario en ces domaines.

Devrions-nous, comme Québécois, répondre favorablement à l’appel de Jason Kenney ? La réponse est de toute évidence oui.

Et nous ne devrions pas perdre davantage de temps pour nous faire entendre, puisque la main de Jason Kenney ne sera pas toujours tendue.

Faire renaître une alliance

Il y a donc des circonstances favorables à saisir. C’est l’occasion de faire renaître une vieille convergence Québec-Alberta qui fut mise à mal lors des débats constitutionnels des années 80 et 90.

En effet, les discussions autour de la place du Québec dans le Canada ont non seulement miné les relations entre les deux provinces, mais de surcroît fait éclater le parti progressiste-conservateur dirigé par Brian Mulroney, dernier leader politique à avoir été capable d’obtenir le soutien des Albertains et des Québécois simultanément.

Depuis cette époque, les conservateurs peinent à former des gouvernements majoritaires sur la scène fédérale, eux qui n’en ont fait élire qu’un en 2011, après deux tentatives ne menant qu’à des gouvernements minoritaires.

Cette précarité est notamment due au fait que les conservateurs ont, depuis la fin de l’ère Mulroney, de la difficulté à faire élire des députés au Québec.

C’est donc dire que le mouvement conservateur canadien dont fait partie monsieur Kenney a besoin d’alliés ici. Il s’agit d’une occasion à saisir pour le gouvernement Legault, lui qui manque cruellement d’alliés au Canada, comme le soulevait justement Christian Dufour dans un texte récent paru dans La Presse.

Deux mondes pourraient à nouveau se rencontrer, mais avec de nouveaux visages et avec une plus grande maturité, ce qui pourrait leur éviter de retomber dans les querelles d’autrefois.

Des compromis possibles

Les Albertains veulent développer leurs ressources naturelles tout en poursuivant leur diversification économique, ce qui aura entre autres pour effet de contribuer à l’enrichissement collectif des Canadiens.

Les Québécois veulent également développer leur économie, mais souhaitent que leurs élus soient plus responsables vis-à-vis de la question des changements climatiques.

Ces deux visions comportent leur lot de différences, mais ne sont pas irréconciliables. Tout dépend de la formulation que l’on fait du défi de l’exploitation des richesses naturelles.

Les écologistes en font par exemple une question de cohérence et ont tendance à s’opposer à tout projet lié au secteur des hydrocarbures, peu importe le contexte.

N’en demeure pas moins qu’entre la vision de ces derniers et celle des climatosceptiques, il y a un espace pour des politiques publiques pragmatiques, basées sur des mécanismes de marché et qui prennent en considération les impératifs de réduction de GES tout en cherchant à maximiser la performance de notre système économique.

Un exemple judicieux se trouve aux États-Unis avec le plan Baker-Shultz, où James Baker et George Shultz, deux républicains influents, proposent d’augmenter graduellement le prix du carbone et d’en redistribuer l’ensemble des revenus directement aux citoyens américains sous forme de dividendes.

Cette approche a le mérite de limiter l’intervention gouvernementale tout en permettant d’atteindre efficacement d’ambitieux objectifs environnementaux.

Les conservateurs canadiens d’un océan à l’autre pourraient trouver leur compte dans un plan semblable. Les membres de la CAQ aussi. C’est un exemple des possibilités qu’offre une alliance Québec-Alberta.

Nous avons donc intérêt, comme Québécois, à entamer un dialogue avec les Albertains. Nous pourrions être surpris des fruits qui en découleraient.