Notre société fait face à des défis sans précédent dans l’histoire de l’humanité : maladies chroniques, vieillissement, changements climatiques. Des solutions efficaces existent. Nos gouvernements doivent implanter des politiques publiques énergiques pour répondre à ces défis.

Réjean Hébert Réjean Hébert
Doyen, École de santé publique de l’Université de Montréal

Les maladies infectieuses, autrefois responsables de la majorité des décès prématurés, ont été peu à peu jugulées par l’avènement des meilleures conditions d’hygiène, de la vaccination, des antibiotiques et de mesures préventives efficaces. Nous vivons donc plus longtemps. Ce progrès amène toutefois des enjeux importants. Nos populations vieillissent et les maladies chroniques deviennent prépondérantes même dans les pays de l’hémisphère Sud.

La bonne nouvelle, c’est que les maladies chroniques peuvent être prévenues. Plusieurs mesures ont été démontrées efficaces pour améliorer nos habitudes alimentaires, favoriser la pratique d’activités physiques, lutter contre le tabagisme et les drogues et rendre plus sécuritaires les relations sexuelles. Des politiques et programmes doivent être mis en place ou renforcés pour promouvoir ces interventions et réduire le fardeau des maladies chroniques, tant chez les individus que sur nos systèmes de santé.

Mais ces habitudes de vie sont conditionnées par un déterminant puissant : le milieu socio-économique. Le revenu, l’emploi et l’éducation conditionnent le milieu de vie où nous grandissons et les habitudes que nous adoptons.

C’est ainsi qu’on observe encore une différence d’espérance de vie de plus de 10 ans entre les quartiers les mieux nantis et ceux plus démunis dans l’île de Montréal.

La lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales est un élément essentiel pour améliorer la santé de la population.

Notre système de santé, élaboré au siècle dernier pour répondre à une population jeune aux prises avec des maladies aiguës, doit être transformé pour s’adapter aux maladies chroniques et au vieillissement. Le financement public basé essentiellement sur les services médicaux et hospitaliers doit s’élargir pour englober aussi les médicaments, les thérapies non médicamenteuses (la psychothérapie et la réadaptation notamment) et les soins à domicile.

Dans la plupart des pays occidentaux, cet élargissement de la couverture des systèmes de soins est déjà réalisé.

Des assurances publiques pour les soins à domicile ont été implantées, ce qui réduit le recours indu à l’hébergement institutionnel. Le projet d’assurance autonomie que nous avons élaboré lors de notre passage au gouvernement du Québec allait dans ce sens. Il s’agit là d’une politique incontournable pour répondre aux besoins des personnes âgées en perte d’autonomie et leur permettre de vivre chez eux avec des services adéquats.

Changements climatiques

Finalement, les changements climatiques entraînent des conséquences dramatiques sur la santé des populations. Canicules, inondations et nouvelles maladies infectieuses sont déjà des signes inquiétants chez nous. Mais catastrophes naturelles, pollution de l’air et de l’eau, diminution de la production de l’agriculture et des pêches, famine, migration des populations sont des stigmates encore plus alarmants ailleurs dans le monde. Des politiques publiques vigoureuses sont nécessaires pour contrôler ces phénomènes à la source non seulement au Canada, mais aussi et surtout dans l’ensemble des pays. Les changements climatiques ne connaissent pas de frontières et une action internationale concertée est essentielle.

Les progrès industriels et technologiques nous permettent de vivre plus longtemps et dans de meilleures conditions. Mais ils amènent aussi de nouveaux problèmes pour nos sociétés. Des solutions existent pour prévenir les maladies chroniques, répondre aux défis du vieillissement et lutter contre les changements climatiques. Il faut avoir le courage de les implanter pour le bien de notre société et surtout l’avenir de nos enfants.