Dans un monde idéal, tous les Montréalais seraient jeunes, sportifs, en santé. Ils circuleraient à vélo, emprunteraient la ligne rose, orange, verte, bleue et tutti quanti.

André Bisaillon André Bisaillon
Montréal

Les rues bordées d’arbres seraient piétonnes. Les automobilistes pollueurs de plus en plus bannis, traqués, taxés. La ville deviendrait une excroissance du chic Plateau Mont-Royal. On bloquerait les rues tous les week-ends pour organiser des marathons. Tout le monde il est beau, tout le monde il est content.

Mais voilà ! À Montréal et en banlieue, vivent aussi des citoyens contribuables qui n’ont d’autres choix que de circuler en automobile, malgré le coût exorbitant des rares stationnements et des parcomètres… lorsqu’on a la veine d’en trouver un. Ceux-là, qui s’en soucie, madame la mairesse ?

Qui se soucie des personnes âgées, malades, en fauteuil roulant, dépendantes de l’automobile pour se déplacer, se faire soigner, faire leurs courses, vaquer à leurs occupations, mener une vie normale ? Qui se soucie de ma voisine qui doit conduire son plus jeune à la garderie, les deux autres à l’école, avant de se rendre au travail ? Qui se soucie des chauffeurs de taxi, des livreurs, des ambulanciers et même des commerçants en manque de chalands parce qu’à vélo on ne peut pas faire les provisions de la semaine ni apporter un fauteuil sur son dos ? Et puis, l’hiver, ils font quoi, les cyclistes, des pistes réservées, mieux entretenues que nos rues et aussi larges que la rue Saint-Denis ?

Sacrilège ! Je fais partie de ces parias. Je suis Montréalais, âgé, à mobilité réduite. Je n’ai pas la force de me déplacer sur une longue distance avec mon déambulateur et mon fauteuil roulant. Alors, entrer dans un autobus toujours bondé parce que mes rendez-vous médicaux correspondent à l’heure de pointe ; utiliser le métro alors qu’il n’y a pas d’ascenseur. J’habite près du centre-ville et il m’en a coûté 45 $ pour me rendre au CHUM parce que le plus souvent je ne trouve pas de place pour me garer.

Faute d’une voix pour être entendu, je reste à la maison et j’écoute madame la mairesse, telle Alice aux pays des merveilles, nous parler à la télévision de la vie en rose à Montréal. Alors que je troque mes lunettes roses pour des lunettes noires.