Le poêle à bois chauffe encore, mi-mai. Pour ceux qui l’ignorent, un poêle à bois est un appareil de chauffage dans lequel on met des bûches d’arbre, une matière solide et renouvelable, pour produire de la chaleur. Et même si ce poêle est certifié EPA (Environmental Protection Agency, des É.-U.) avec des normes d’émissions polluantes réduites et acceptables, le maire démissionnaire Ferrandez ne m’aimerait pas plus, je crois.

Marc Séguin Marc Séguin
Peintre, romancier et cinéaste

J’ai tenté de faire des buttes dans le potager cette semaine, pour surélever la terre ; ça facilite la croissance des légumes, c’est mieux drainé…

À chaque coup, le râteau se gommait de terre. Trop humide. De la bouette lourde et collante. Le râteau (c’est un dimanche lexical) est un outil qui sert à ramasser des matières : feuilles, pierres, terre.

Si je raconte ça, et que je fais le professeur, c’est parce qu’à la lumière de la démission fracassante et spectaculaire – c’est vraiment une nouvelle, ça ? –, on se rend compte de l’extraordinaire écart entre la ville et la campagne, et entre deux générations.

Et, fait surprenant, tel un mauvais réflexe catholique, tout le monde se surprend à lui trouver des qualités une fois parti. « Dans le fond, il a raison, il fait de la politique autrement, des gens comme lui n’ont plus leur place. »

J’aurais aimé entendre tout ça quand il était investi de pouvoirs. Pas quand le gars est mort et que la menace est étouffée. On dirait parfois une mauvaise fable de La Fontaine ou une expression comme « crier au loup ». (J’ouvre ici une parenthèse pour mes amis journalistes : allez donc fouiller un peu la véritable raison de la démission de Gerald Butts, qui n’aurait peut-être pas tant à voir avec l’affaire SNC-Lavalin…). Je dis ça de même, entre les branches.

Revenons au maire du Plateau et à ses 500 000 arbres.

Un autre truc qui m’a étonné et ravi, c’est d’apprendre dans sa déclaration que la politique était devenue une affaire de compromis ! ! ! Crime, y a encore du monde qui dort au gaz on dirait (hé… hé…). Toute la belle et grande aventure humaine est une affaire de compromis. Tiens, vous avez déjà remarqué que les BIXI sont mille fois plus populaires pour descendre la ville qu’à la pédaler pour la remonter ? Et ce sont des pick-up au gaz qui remontent les bicyks en haut de la côte chaque jour.

Ailleurs, c’est une belle volonté de vouloir s’électrifier, mais Hydro-Québec n’est pas aussi vert qu’on le croit, à ce qu’on dit. Et vous avez pris le métro à l’heure de pointe ? Les gens se poussent et se bousculent, parfois de manière agressive, pour entrer et sortir. Il faudrait sourire, et faire semblant que les transports en commun fonctionnent comme dans le meilleur des mondes ? Non, évidemment, faut faire des compromis pour que tout ça tienne et fonctionne.

Mais la plus grande surprise, si on veut pousser égal, est venue de l’annonce sur Facebook. Ça fait des années qu’on se fait dire que le réseau social est en train de tuer une industrie et qu’il fiche vos informations (j’y reviens plus loin), les vend et les utilise.

Utiliser Facebook, malgré toutes ses bontés utilitaires, est une soumission hallucinante au méchant pouvoir qui nous empêche de nous transformer en bon et grand citoyen responsable, comme certains peuvent le rêver.

Mais quand on le dilue dans une masse, comme les citoyens qui habitent une ville, ça devient acceptable, semble-t-il, et ça divise le problème en particules si petites qu’elles sont difficiles à voir. Ça prend toute sorte de monde pour faire un monde, pas juste des vertueux. Et ça prend aussi des gars comme l’ex-maire d’arrondissement pour sonner des alarmes. Même s’il est trop tard. Même si on est trop cons pour changer. Alors on va attendre les urgences, tranquillement, dans les compromis.

Encore une parenthèse. Je n’ai jamais été, ne serait-ce qu’une seule seconde, sur un réseau social. Pas de Facebook, Twitter ou Instagram. Jamais. Est-ce à dire que je n’existe pas ? Peut-être ne suis-je d’aucune utilité pour cette société ? Toujours est-il que je plante des arbres, et que j’en coupe aussi pour me chauffer, avec une scie mécanique et du gaz. Avec un pick-up, je vais chercher les moulées et les fourrages pour nourrir les animaux que j’élève. Avec un tracteur, je fais des tas de compost pour engraisser le potager pour faire pousser des légumes dont je me nourris.

L’écart entre la ville et la campagne est un ravin, je vous l’ai dit ? Et on a besoin de fous pour penser des ponts invisibles.

À moins d’un compromis, et à écouter l’ambiance, tout ce qu'il me reste pour faire partie du monde serait les réseaux sociaux et me faire livrer de la pizza bio avec un char électrique ? No way. La technologie ne le permet pas encore. Et manger de l’air ne fait pas rêver.

Suis conscient des efforts à faire. Tiens, en passant et pour rebrasser un peu le tas de fumier, j’ai participé à un autre effort du Pacte pour la transition, qui sera rendu public cette semaine, checkez vos réseaux sociaux !

Cent fois sur le métier, on dit. Le maire radical a un peu démissionné et il a beaucoup raison.

Toute la patente est une affaire de compromis. Faudrait l’assumer. Vaut mieux ramer à contre-courant avec des idées que de se laisser glisser, contemplatif, vers la chute.

On va finir ça avec une fable (du parc La Fontaine cette fois ! ! !) : même avec le meilleur râteau du monde, quand la terre n’est pas prête, ça ne sert à rien de piocher.

Il manque encore des catastrophes.