La surcharge de la ligne orange est une source d’irritation majeure pour les Montréalais, mais aussi pour les autres utilisateurs de Montréal, comme les travailleurs et les touristes qui y transitent. La mairesse Valérie Plante en parle et elle fait bien d’en parler, mais qu’est-ce que son administration peut faire ? Quelle est la solution à ce problème qui dure depuis plus de deux décennies ?

Jean-François L. Vachon et Steve Potvin
Urbanistes

Le Mouvement orange a été annoncé par la STM en réaction à la congestion de la ligne orange. Bien que la création d’une ligne express sur l’avenue Papineau soit la bienvenue pour les citoyens autour de ce corridor, cette initiative n’aura pas les effets d’un corridor structurant de transports en commun. Personne ne peut être contre la ligne rose, mais dans le contexte actuel, on peut se poser des questions importantes sur ce projet qui prendra minimalement plus d’une décennie à se réaliser.

Quel projet pour Montréal ?

Le programme de Projet Montréal comprend 61 pages d’engagements qui sont « le fruit de mois de délibérations et de réflexions des membres. Un programme par les Montréalaises et Montréalais et pour les Montréalaises et Montréalais ». 

Quatre ans pour réaliser 61 pages d’engagements, c’est court ! La plus grande surprise à la lecture de ce document, c’est qu’on retrouve une seule fois le mot tramway (ou système léger sur rail) dans un objectif plutôt utopique regroupant tous les modes de transport et qui vise à ce que « tout Montréalais soit à 10 minutes d’un moyen de transport collectif d’ici 20 ans ».

Projet Montréal avait, comme principe fondateur de son parti, la mission d’aménager un réseau de tramway sur le territoire de la métropole pendant son premier mandat.

La proposition initiale prévoyait au moins 25 kilomètres de réseau. Tout semble maintenant aligné pour que ce soit le maire de Québec qui réussisse à prendre un tramway avant Montréal. Bravo pour Québec, mais dommage que Montréal mise tout sur le projet de ligne rose, une idée impossible à mettre de l’avant à l’intérieur d’un mandat alors que ce parti avait tout en main politiquement pour offrir un nouveau système de transport attendu depuis longtemps sur l’île.

La solution la plus réaliste à court terme nous apparaît encore être une ancienne idée de son parti, soit en priorité le tramway sur l’avenue du Parc (connexion essentielle avec le nouveau campus Outremont), mais aussi sur Côte-des-Neiges (connexion vers Blue Bonnets) et sur Mont-Royal vers Rosemont. Pourquoi avoir mis ces éléments de côté pour prioriser la nouvelle ligne de métro ? Rien n’empêcherait d’ailleurs d’adapter le projet de tramway au tracé de la ligne rose pour desservir les secteurs mal desservis du nord de la ville qui en ont grandement besoin. La Ville de Montréal serait capable de se payer elle-même une partie du réseau de système léger sur rail et n’aurait pas à attendre les autres ordres gouvernementaux ou les blâmer si rien n’avance.

Profiter du boom immobilier

Montréal a le vent dans les voiles depuis les dernières années en immobilier marqué par une année record en 2018 avec près de 47 000 transactions immobilières. Les promoteurs profitent de cette effervescence avec plusieurs projets de tours résidentielles qui densifient le centre-ville.

Le site internet de la Ville de Montréal, pour sa part, identifie six « grands projets » d’urbanisme en cours de planification, dont la future rue Saint-Paul, le CUSM et ses abords, Griffintown… Cette page web n’est évidemment pas à jour et devrait être actualisée rapidement. Cela serait une occasion d’être plus cohérent et de faire un lien plus direct entre ces grands projets d’aménagement et les transports en commun, cette relation qui était à la base de la fondation de Projet Montréal. Mais peut-on le faire considérant l’état d’avancement des projets structurants de transports en commun ?

Vous nous direz : qu’en est-il du REM ?

Le REM permettra de connecter une partie de la Montérégie et de l’Ouest-de-l’Île au transport collectif et de relier l’aéroport au centre-ville, mais ce n’est pas un projet pour Montréal. 

On ose peu le dire pour plusieurs raisons, la première étant la peur de critiquer le plus grand chantier en transports en commun depuis le métro dans les années 60. La preuve est que les effets immobiliers de ce projet sont pour l’instant exclusivement concentrés le long de l’autoroute 10 à Brossard. Ce sont ces retombées immobilières qu’on perd en misant tout sur la ligne rose, mais surtout, celles que l’on n’obtiendra jamais avec des lignes d’autobus express comme ce qui est proposé sur l’avenue Papineau comme remède temporaire.

Projet Montréal doit réussir à mieux travailler avec le gouvernement pour faire avancer les projets structurants et jouer un rôle de leader au Québec, non pas celui d’un parti municipal de l’opposition. Il faut que tous les niveaux de gouvernement travaillent ensemble pour démontrer qu’ils comprennent l’importance d’avoir collectivement, comme société, une métropole dynamique, fluide et inspirante. C’est votre responsabilité lorsqu’on dirige la deuxième ville en importance au Canada qui est le cœur et le moteur économique du Québec. Pensons métropole, SVP !