L’argumentaire de plusieurs spécialistes, chroniqueurs, éditorialistes, philosophes ou intellectuels québécois et canadiens concernant la place de la pratique religieuse dans notre société m’inquiète au plus haut point.

Gilles Pépin
Saint-Jean-sur-Richelieu

On brandit la violation des droits et libertés individuelles ad nauseam sans pousser la réflexion plus loin quant aux conséquences sociales de cette position sur les relations futures à établir entre Québécois de souche et immigrants récents. Car, au-delà de cette loi, c’est bien de cela qu’il s’agit !

Intellectuels, sociologues et juristes s’évertuent à avoir « légalement » raison, alors que le « bon peuple » voit d’un très mauvais œil quelque incursion que ce soit de pratiques religieuses dans la conduite des affaires de la société.

Depuis les débuts de la commission Bouchard-Taylor en 2007 jusqu’à nos jours, je n’ai rencontré aucun Québécois de souche ni de Québécois d’adoption favorable à la notion d’accommodements raisonnables. Le Québécois moyen considère la pratique religieuse strictement du domaine de la vie privée.

Compte tenu de l’origine et du développement des multiples religions et des multiples pratiques religieuses variées de ces mêmes religions créées au fil de l’histoire de l’humanité, c’est l’évidence même que celles-ci doivent être confinées strictement au domaine de la vie privée.

De la même manière que les libéraux de Pierre Elliott Trudeau proposaient en 1969 que « l’État n’avait rien à faire dans les chambres à coucher de la nation », nos dirigeants devraient unanimement affirmer que « la religion n’a rien à faire dans la conduite de l’État ».

Depuis plus d’une décennie, forts de l’appui de décisions juridiques référant à la primauté de la Charte canadienne des droits et libertés, certains intellectuels, politiciens et autres ont poursuivi la promotion de cette idée incongrue que l’État devait accommoder si possible les différentes pratiques religieuses et non l’inverse.

Les pratiques religieuses de toutes sortes doivent s’accommoder des lois et règlements de l’État de droit. Que des intellectuels, philosophes, sociologues et autres n’en fassent pas la promotion est surprenant.

Présentement se joue l’avenir d’un vivre-ensemble québécois à redéfinir. Lors des audiences publiques qui débutent, souhaitons que certains intervenants fassent valoir l’importance de l’enjeu de la laïcité sur les relations entre tous les Québécois.

Gérard Bouchard a affirmé récemment que la loi aggravera les clivages qui se sont creusés depuis quelques années entre la majorité et les minorités. À l’analyse, il m’apparaît que c’est tout à fait le contraire.

Une solide loi sur la laïcité de l’État laisse entrevoir un nouveau départ pour la création d’une société plus ouverte et plus inclusive.

À ce stade-ci de notre histoire, un recul de la laïcité face aux pratiques religieuses entraînerait inévitablement un contrecoup susceptible de remettre aux calendes grecques toute tentative de rapprochement entre la majorité et les minorités. Ce serait dommage pour tous.