En réponse au discours de la jeune militante pour le climat Greta Thunberg prononcé devant les députés britanniques la semaine dernière

Marc Simard Historien

Greta, tu me permettras de te tutoyer à la manière scandinave.

D’abord, tu m’autoriseras à te dire que je ne suis pas à l’aise avec cette façon que tu as de te présenter comme la porte-parole des générations futures, et encore moins avec l’accusation que tu portes envers les générations précédentes d’être responsables du réchauffement de la planète et du cataclysme que tu annonces.

Ça manque un peu d’humilité ainsi que d’humanité à l’endroit de ces milliards d’êtres humains qui t’ont précédée. Je trouve aussi ton affirmation voulant que vous œuvriez à « réveiller les adultes » un tantinet prétentieuse.

Le problème des gaz à effet de serre et sa principale conséquence, le réchauffement climatique, sont certes apparus avec l’ère industrielle (deux siècles environ), mais il n’a été véritablement révélé aux populations qu’il y a une trentaine d’années avec le Sommet de Rio (1992). On peut certes comprendre que tu sois entièrement imprégnée de ce discours, toi qui as vécu toute ta vie à l’intérieur de ce paradigme. Mais je ne partage pas ton point de vue voulant que « l’avenir [ait] été vendu » et encore moins que nous vous ayons « menti ».

Depuis 30 ans, des centaines de millions d’individus et d’entreprises travaillent à améliorer la situation.

Ce qui s’est produit, simplement, c’est que les humains des générations qui t’ont précédée ont vécu de leur mieux, de façon peut-être irresponsable par moments, il est vrai, mais sans pour autant mériter un procès en saccage de la Terre-Mère. En fait, c’est d’un grand cynisme de dire aux populations qui, il y a encore moins d’un siècle crevaient de faim, qu’elles doivent recommencer à se serrer la ceinture maintenant qu’elles se sont approchées du buffet, comme si la consommation n’était acceptable que quand elle était réservée aux élites.

Comme au Moyen Âge

En fait, votre combat ressemble fort à celui des pénitents du Moyen Âge qui, en présence d’un cataclysme comme la peste, faisaient des processions où ils incitaient le peuple à se repentir et à améliorer ses comportements, comme si ces admonestations moralisantes avaient quelque chance de conjurer le mal. Pire, je vois se profiler derrière toi et tes camarades Savonarole et son bûcher des vanités. La lecture de ton discours révèle en outre une des trois tares que Kundera reprochait à la jeunesse, son lourd « esprit de sérieux » qui suinte de tous tes propos.

De plus, votre exhortation arrive hélas trop tard pour empêcher le réchauffement planétaire de produire une partie de ses effets délétères déjà en marche.

Cesser de produire des gaz à effet de serre d’ici 2030 est tout simplement impossible à moins de mettre en place sur toute la planète une dictature verte, qui nous ferait passer de Charybde en Scylla.

Il y a aussi, dans votre pharmacopée, un insidieux appel à la décroissance économique (« remettre à l’état sauvage ») qui ne cesse d’étonner. La décroissance que vous appelez de vos vœux, toi et tes camarades, amènerait un appauvrissement généralisé suivi d’une diminution des services et d’une baisse de l’espérance de vie. Si l’économie se contractait, comment ferait-on pour maintenir les services hospitaliers, les écoles et les services publics comme l’information et les transports, par exemple ? 

Ce que vous offrez aux habitants de la Terre, c’est une réduction importante de leur qualité de vie pour éviter un cataclysme qui est certes prévu par les scientifiques, mais n’est même pas certain. Qui voudra retourner à l’ère préindustrielle, au travail manuel généralisé, au rapetissement de l’espace, à la mort omniprésente et hâtive parce que des jeunes gens « éveillés » les accusent d’immoralité et crient à l’Apocalypse ?

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