Hier, nous avons remis notre démission en tant que représentants élus du corps professoral au Conseil des gouverneurs de l’Université McGill.

Darin Barney et Derek Nystrom
Respectivement professeur associé au département d’histoire de l’art et des études en communication et professeur associé au département d’anglais de l’Université McGill

Nous pensons que le Conseil est sur le point de prendre une décision à laquelle nous ne pouvons adhérer et nous avons épuisé tous les moyens à notre disposition pour influencer cette décision.

Nos années d’expérience au sein du Conseil nous portent à croire que celui-ci rejettera probablement une résolution récente du Sénat de McGill en faveur du désinvestissement du fonds de dotation de l’Université auprès des entreprises de combustibles fossiles.

Une telle décision serait inacceptable pour deux raisons : elle violerait la politique de McGill en matière d’investissement socialement responsable et dérogerait aux principes mêmes de la gouvernance collégiale sur lesquels l’Université est fondée.

Examinons ces violations individuellement. Tout d’abord, les lignes directrices de l’Université l’engagent vers l’investissement socialement responsable, selon les recommandations de son comité consultatif en matière de responsabilité sociale (Committee to Advise on Matters of Social Responsibility, CAMSR). Le mandat du CAMSR lui impose d’examiner si les activités des entreprises dans lesquelles l’Université investit entraînent des dommages sociaux, y compris des « impacts préjudiciables graves sur l’environnement naturel ».

En 2015, un groupe d’étudiants, appuyé par plusieurs facultés et enseignants, a soumis un rapport au CAMSR appelant à un désinvestissement progressif des avoirs de McGill dans les 200 plus grandes entreprises de combustibles fossiles (une première pétition avait été rejetée en 2013).

En 2016, le CAMSR a répondu à ce rapport par une recommandation contre le désinvestissement, déclarant, étonnamment, que le comité « n’était pas convaincu que l’impact dommageable résultant des activités des 200 plus grandes entreprises de combustibles fossiles ou d’une entreprise donnée se soit produit à ce jour ».

Le Conseil des gouverneurs a accepté cette recommandation et McGill continue de maintenir des investissements importants dans le secteur des combustibles fossiles. Tout cela malgré le fait que des décennies de science environnementale, y compris le rapport spécial du GIEC publié en 2018, montrent clairement que l’extraction et la combustion continues d’énergies fossiles sont incompatibles avec l’impératif d’atteindre les objectifs de lutte contre le réchauffement planétaire en plus d’entraîner de graves dommages à l’environnement.

L’avis du Sénat de McGill

En réponse à cette situation, le Sénat de McGill, l’organe le plus représentatif et la plus haute institution de l’établissement d’enseignement, a adopté, à l’automne 2018, une résolution dans laquelle il déclarait qu’il « préconisait, en principe, de retirer le fonds de dotation de toutes les sociétés dont l’activité principale est l’extraction, la distribution et/ou la vente de combustibles fossiles, et de tous les fonds communs de placement qui investissent dans de telles sociétés ».

Plutôt que de réagir directement à cette résolution, le Conseil des gouverneurs a renvoyé l’affaire au CAMSR, le comité qui a rejeté à deux reprises les demandes de désinvestissement dans les combustibles fossiles et qui est actuellement présidé par un ancien dirigeant de l’industrie du pétrole.

Nous pensons donc que le Conseil se prépare encore une fois à rejeter le désinvestissement.

Et c’est ce qui constitue la deuxième raison de notre démission. Le rejet de la décision du Sénat sur cette question serait une ingérence directe du Conseil dans la gouvernance collégiale de l’Université.

Le Conseil des gouverneurs a la responsabilité fiduciaire de gérer les finances de McGill avec prudence. Mais contrairement à une société privée, où la rentabilité et la croissance prédominent, à McGill, ces priorités sont limitées par la mission de l’Université en tant qu’institution publique vouée à l’enseignement et à la recherche au service de la société. Dans une université, lorsque des considérations financières et des services rendus à la société sont en conflit, ces derniers l’emportent.

Les universités se distinguent par le fait que leurs décisions les plus importantes incombent au collège, c’est-à-dire les groupes d’étudiants, les professeurs, le personnel et les administrateurs qui constituent l’université. À McGill, le collège est représenté par le Sénat et après un long débat éclairé, celui-ci a voté massivement en faveur du désinvestissement dans le secteur des énergies fossiles.

Si le Conseil décidait de rejeter la résolution du Sénat, il violerait ce principe en obstruant la volonté du collège sur un sujet relevant de la mission de l’Université.

Seul le collège peut décider si l’engagement du Conseil à investir dans les combustibles fossiles est en contradiction avec l’engagement de l’Université à servir la société.

Nous ne pouvons rester solidaires avec un Conseil qui met notre université en danger sur le plan éthique en plus de miner l’intégrité de la gouvernance collégiale. En tant que gouverneurs, nous avons demandé la possibilité de rencontrer le CAMSR pour exprimer nos préoccupations. Notre demande a été refusée et nous avons été encouragés à communiquer notre point de vue par écrit. C’est ce que nous faisons avec ce texte.