Deux grands sommets se dérouleront la semaine prochaine: le G20 suivi par la conférence Rio+20. Le sommet du G20 réunit les dirigeants des pays représentant les deux tiers de la population et 90% de la valeur de la production mondiale. Le mandat de l'organisation porte sur la coordination des politiques économiques et la régulation du système financier international. Le second sommet tire son nom de la première grande conférence de 1992 sur le changement climatique et désigne la Conférence des Nations unies sur le développement durable.

Philippe Faucher<br><i>L'auteur est professeur au département de science politique et chercheur associé au Centre d'études et recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM.ca).</i> LA PRESSE

Les agendas de ces rencontres sont ambitieux, car ils devraient apporter des réponses, approuver des plans d'action, démontrer la solidarité et mobiliser des ressources pour résoudre les grands enjeux: destruction de l'environnement, pauvreté, injustice sociale, stagnation de l'économie internationale et conflits régionaux. Malgré le ton déterminé des résolutions, les appels à l'action et le refus de toute résignation, le bilan de ces rencontres étalera nos impuissances.

George Soros donne trois mois à l'Europe avant de sombrer dans le chaos financier. La zone euro compte 17 millions de chômeurs et 50% des jeunes de moins de 25 ans, en Espagne et en Grèce, ne trouvent pas d'emplois. Les mauvaises créances font vaciller les banques.

En abaissant son taux directeur, la Chine prend acte du ralentissement. Rien de catastrophique, avec 8% de croissance annoncée, mais suffisamment pour faire baisser les prix des matières primaires, ralentir la Russie et le Brésil et déprimer la bourse de Toronto. Cela pourrait même retarder la mise en oeuvre du Plan Nord. L'Inde ralentit, handicapée par une bureaucratie asphyxiante et des infrastructures défaillantes. La sortie de crise aux États-Unis marque des ratés importants. La reprise n'est pas en vue et le G20 n'a que des voeux à offrir.

En l'absence de croissance, la diminution des gaz à effet de serre ne se produira qu'à la suite de l'abandon forcé, pour cause de rareté, des combustibles fossiles. Sans investissements, la lutte contre le changement climatique n'avance pas. Pas question d'imposer une taxe au carbone qui augmenterait les coûts. Partout, l'argent manque. La stagnation retarde le développement des technologies propres. Des centrales à l'énergie solaire ont été suspendues, les entreprises d'équipements sont en déroute avec l'épuisement des subventions.

Dennis Meadows, coauteur du rapport du Club de Rome (1972), prédit l'arrêt de la croissance et l'effondrement autoritaire. La contrainte principale ne se trouve pas dans la raréfaction malthusienne des ressources. Les leviers traditionnels de la reprise, soit les investissements à long terme, comme la construction commerciale et industrielle, n'opèrent pas. Il y a trop d'incertitudes pour investir dans des actifs dont la durée de vie est longue. Les bas taux d'intérêt ne font qu'alimenter l'endettement et la spéculation. Le marché est rempli d'occasions, affirment les entrepreneurs; encore faut-il disposer du crédit. Or l'incertitude tue le crédit.

Le surendettement et les crises financières ont ébranlé la confiance des investisseurs et celle des citoyens envers leurs dirigeants. L'indignation, élevée au rang de vertu, gagne la rue et, par ses débordements, accroît l'incertitude. Plus une société est ouverte et tolérante, plus elle est vulnérable. Les casseurs, à force de provocations, appellent la répression. Refusant l'affrontement, la démocratie recule devant les veto de la minorité. Au nom de l'ordre, le système se contracte et disqualifie toute expression de dissidence. La créativité est sacrifiée et la création de richesses est suspendue.

C'est la confiance qu'il faut rétablir pour relancer la production et protéger les libertés. Voilà une nouvelle preuve que l'économie est une science morale.