En 2003, le magnifique film Les Invasions barbares abordait avec finesse, subtilité et émotion la fin de vie d'un homme au caractère bourru et irrévérencieux. Les touchantes images nous montraient Rémy, entouré de l'amour et de la chaleur des siens, vivant sereinement et dignement ses derniers moments au bord du lac qu'il chérissait tant, dans l'attente que la dose massive de drogue, administrée par une infirmière téméraire, coule dans ses veines et l'amène vers un ailleurs meilleur.

Publié le 22 janv. 2013
Mélanie Dugré<br><i>L'auteure est avocate LA PRESSE

La fin de vie est un sujet délicat qui nous renvoie immanquablement à notre propre mortalité et qui suscite souvent inconfort et malaise. C'est pourtant avec courage et lucidité, et sans partisanerie, que s'y sont attaqués les membres de la commission spéciale de l'Assemblée nationale Mourir dans la dignité.

Une nouvelle étape a été franchie la semaine dernière dans un projet qui ne semble pas - et c'est tant mieux -, vouloir faire relâche: le dépôt du rapport du comité de juristes experts chargés de revoir l'encadrement juridique de la fin de vie et de déterminer, au-delà des considérations éthiques et philosophiques, comment passer de la théorie à la pratique.

Dans la foulée des droits civils et fondamentaux conférés aux individus, il devenait tout naturel, devant les progrès de la médecine moderne, qu'à ces droits s'ajoute celui de décider du temps et de la manière de mourir et que soient reconnus, à la personne mourante, un ensemble de droits à être exercés en fin de vie.

Avec comme préoccupation première la protection des personnes vulnérables, le comité propose donc que l'aide médicale à mourir soit réservée aux personnes majeures, aptes à consentir, atteintes d'une maladie grave et incurable, qui ne présentent aucune perspective d'amélioration, qui éprouvent des souffrances insupportables et qui ont amorcé un processus de fin de vie.

Il existe cependant des catégories de malades laissés pour compte à l'intérieur de cet encadrement somme toute assez serré, particulièrement les Manon Brunelle et les Ginette Leblanc de ce monde. Ces individus atteints de maladies dégénératives graves et incurables remplissent tous les critères établis par le comité juridique, à l'exception près qu'ils ne sont pas en fin de vie, mais mènent plutôt une vie sans fin. Leur désir de mourir, parce que trop proche de l'euthanasie et du suicide assisté, est présentement ignoré.

Les dispositions du Code criminel, de compétence fédérale, en matière d'euthanasie et de suicide assisté s'imposent comme un obstacle majeur à l'élargissement de l'encadrement juridique de l'aide à mourir. Une petite brèche se dessine toutefois dans le dossier de Gloria Taylor, atteinte de sclérose latérale amyotrophique, à qui un tribunal de la Colombie-Britannique a reconnu, le 15 juin 2012, le droit de recourir au suicide assisté, invalidant ainsi les dispositions du Code criminel sur ce sujet. Ottawa a porté ce jugement en appel et les procédures suivent leur cours, malgré le décès de Gloria Taylor en octobre dernier. Il est permis d'espérer que près de 20 ans après l'affaire Sue Rodriguez, la question pourrait à nouveau intéresser la Cour suprême du Canada.

Si la mission entreprise par Québec reste inachevée, il n'en demeure pas moins que les efforts déployés pour faire avancer le débat et briser les tabous méritent d'être salués. Il est par ailleurs réconfortant de constater qu'en cette occasion d'exception, politiciens et citoyens semblent vouloir avancer dans la même direction.

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