Israéliens et Palestiniens ont recommencé hier soir à Washington à se parler. Ces pourparlers, gelés depuis plus de trois ans, s'annoncent difficiles même s'ils constituent une petite lueur d'espoir dans un conflit qui s'éternise depuis presque 70 ans.

D'emblée, les Américains ont tenu à tempérer les attentes et à souligner le caractère limité des discussions. «Ces pourparlers seront une occasion de développer un plan de travail qui déterminera comment les parties procéderont dans ces négociations au cours des prochains mois», a souligné dimanche soir un porte-parole du département d'État en annonçant la nouvelle. Autant dire qu'il ne se passera rien à Washington au cours des prochains jours. Tout au plus, les négociateurs israéliens et palestiniens s'entendront-ils sur la configuration de la table, le réglage du son et le moment des pauses café. L'essentiel viendra plus tard, s'il vient jamais.

Les contours d'un accord de paix israélo-palestinien sont pourtant connus depuis plus d'une décennie. À Camp David, en 2000, le président Bill Clinton avait pratiquement convaincu Israéliens et Palestiniens d'accepter un arrangement final concernant la création d'un État palestinien, le sort des réfugiés palestiniens, le statut de Jérusalem et la sécurité d'Israël. Ce fut un échec et on se querelle toujours à savoir qui en porte la responsabilité.

On serait tenté de croire que la relance actuelle des pourparlers est urgente tant la situation au Proche-Orient inquiète. Il est vrai, le tableau n'est pas particulièrement beau. La guerre civile est installée pour longtemps en Syrie et ses effets se font sentir chaque jour un peu plus au Liban et en Jordanie. L'Iran consolide son influence en Irak sur fond de rivalité sanglante entre chiites et sunnites, une rivalité qui atteint aussi le Golfe et l'Arabie saoudite. La Libye sombre dans le chaos et l'Égypte est maintenant aux mains de tueurs étrangement appuyés par des «démocrates» et des «intellectuels». La Turquie marque ses distances d'avec Israël et l'Occident. Enfin, les djihadistes de toutes tendances tuent sans être inquiétés de Tunis à Damas en passant par le Yémen et maintenant le Sinaï, en Égypte.

Au milieu de ce décor, Israël et la Palestine (Gaza et la Cisjordanie) vivent dans une relative accalmie. Mais c'est une accalmie trompeuse, car elle n'est porteuse d'aucun engouement pour la paix. En Israël, le mouvement pour la paix est moribond et les Israéliens ne pensent qu'à profiter d'une économie en pleine expansion et de la plage. Selon Michael Gerson, du Washington Post, cette situation est le résultat de l'efficacité des mesures prises pour assurer la sécurité du pays. Le Mur, qui sépare Israël des territoires occupés, et l'impressionnant système de défense antimissile (Iron Dome) ont installé une mentalité d'invulnérabilité où «de nombreux Israéliens semblent se contenter de gérer le conflit plutôt que de le résoudre par voie de négociations», écrit-il.

Du côté palestinien, le régime est moribond et les divisions sont profondes. À 78 ans, le président Mahmoud Abbas n'est pas éternel. L'économie est au ralenti et il n'y a aucune chance à court et à moyen terme que le Hamas, en plein contrôle de Gaza, tende la main au Fatah d'Abbas afin de sceller une réconciliation qui permettrait de présenter un front uni face à Israël.

Alors, qu'espérer? Un accord, quel qu'il soit, n'est pas impossible. Les deux parties se sont données entre six et douze mois pour y arriver. Le conclure ne sera pas le plus difficile. La tempête viendra après. Les dirigeants israéliens et palestiniens devront le vendre à leur peuple respectif à travers l'organisation d'un référendum. Si l'accord est accepté, il faudra le mettre en oeuvre au quotidien. Une tâche titanesque.

Alors, Washington est une petite lueur d'espoir, mais rendez-vous l'an prochain pour en savoir plus.