Le 3 août prochain, une nouvelle ère commence en Iran avec l'accession au pouvoir du président Rohani. Mais le nouveau leader va-t-il effectuer un changement radical par rapport à son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, connu pour ses discours agressifs envers ses voisins arabes, Israël et l'Amérique, et son acharnement à poursuivre un programme nucléaire controversé?

Les observateurs s'entendent: Hassan Rohani est un «modéré» et il a reçu un mandat clair d'une majorité d'Iraniens afin de sortir le pays de son isolement international. Sa victoire, a dit le principal intéressé, est celle de «la modération sur l'extrémisme».

Depuis 35 ans, l'Iran alterne les phases politiques entre réforme et conservatisme. Ainsi, ce n'est pas la première fois que le pays est gouverné par un religieux modéré. En leur temps, les présidents Rafsandjani, mais surtout Khatami, ont présenté au monde le visage souriant d'un Iran malgré tout révolutionnaire et sans cesse déterminé à subvertir l'ordre régional et les intérêts occidentaux.

C'est bien sous leur présidence et celle d'Ahmadinejad que le programme atomique a pris une ampleur considérable au point où l'Iran est accusé de vouloir fabriquer des armes nucléaires et subit depuis 10 ans un rigoureux régime de sanctions économiques et politiques. C'est aussi sous leur présidence que l'Iran a fourni armes et ressources financières au Hamas et au Hezbollah et soufflé sur les braises de l'antagonisme religieux entre sunnites et chiites dans tout le monde musulman. On en voit aujourd'hui les effets en Irak, en Syrie, à Bahrein et même en Arabie saoudite.

En 1979, l'Iran a participé à ce que le géopoliticien français Gérard Chaliand appelle dans son dernier livre la «recomposition politique» du monde*. La révolution islamiste de Khomeiny fut, avec «le deuxième choc pétrolier et le grand tournant initié par le dirigeant chinois Deng Xiaoping», l'un des événements fondateurs de la véritable émergence d'un nouvel ordre du monde. L'Iran comme la Chine ont inspiré les pays émergents, dont l'économie tire la croissance aujourd'hui.

Malheureusement, écrit Chaliand, la politique étrangère fixée par Khomeiny et fondée sur la confrontation avec les grandes puissances et l'exportation de la révolution, politique exacerbée par Ahmadinejad, a été extrêmement coûteuse pour l'Iran. Aujourd'hui, le pays est appauvri, et une partie importante de la population aspire à la prospérité économique et à la quiétude politique. Il faut donc savoir terminer une révolution.

Alors, l'Iran va-t-il s'engager dans la voie de la modération avec son nouveau président? On verra à l'usage.

Déjà, les réactions internationales à cette élection prennent la mesure de l'événement. À Londres, Washington et Paris, on a pris acte de ce changement et l'on s'est dit prêt à travailler avec le nouveau pouvoir. Le président français est même allé plus loin sur la question de la participation de l'Iran à la conférence sur la Syrie. Il y a 10 jours, il l'excluait; mardi, lors du G8, il a dit que l'Iran serait bienvenu «s'il peut être utile».

À Moscou, on a poussé encore plus loin, trop certainement au goût des Occidentaux. En effet, la Russie a appelé «à éviter le renforcement des sanctions et à commencer à réfléchir à leur éventuel assouplissement progressif.»

On n'en est pas là, car le véritable test d'une éventuelle détente entre l'Iran et une partie du monde réside dans la solution qui sera trouvée au programme nucléaire iranien. Rohani est peut-être l'interlocuteur que les Occidentaux cherchent depuis longtemps. Il y a 10 ans, alors qu'il était le négociateur iranien sur le nucléaire, il avait convaincu le pouvoir en place de suspendre l'enrichissement d'uranium pour deux ans. Cela ne s'oublie pas, de part et d'autre.

* Vers un nouvel ordre du monde, Gérard Chaliand, avec la collaboration de Michel Jan, Le Seuil, 2013.