La scène diplomatique et militaire du conflit syrien suscite le découragement. Chaque jour qui passe révèle un peu plus les jeux cruels auxquels se livrent tous les acteurs de ce drame. Et cela sur le dos de la population.

L'opposition armée s'est taillé un beau succès diplomatique mardi en obtenant le siège de la Syrie à la Ligue arabe. Elle vise maintenant les places à l'ONU et au sein d'autres organisations internationales. Cette victoire cache cependant les profonds clivages qui minent la coalition rebelle depuis le début du conflit en 2011. L'opposition est constituée de groupes disparates dont le seul liant est leur désir de renverser le régime du président Bachar el-Assad. Malheureusement, ces groupes ne s'entendent ni sur les moyens d'atteindre cet objectif ni sur l'avenir qu'ils réservent à la Syrie.

La démission spectaculaire du chef de l'opposition armée - Moaz al-Khatib, un homme présentable et de toute évidence intègre - et les pressions énormes, mais loin d'être désintéressées, qu'il subit pour rester en place illustrent l'état de fragmentation de la coalition.

Le chef démissionnaire favorise la négociation avec le régime et veut rassembler autour de lui des courants religieux et laïcs afin de donner à la Syrie un gouvernement de réconciliation nationale.

Certains groupes et les pays qui les financent, le Qatar et l'Arabie saoudite, rejettent cette stratégie et cette vision. Ils placent leurs pions tout en protestant de leurs intentions. Ainsi, ils demandent au chef de l'opposition de revenir sur sa décision, mais, pour l'assister - d'autres diront pour le contrôler -, ils lui ont sélectionné un «premier ministre» aligné sur les Frères musulmans. Et ils refusent toutes négociations avec le régime el-Assad.

La ficelle est grosse, car derrière le différend sur les moyens et les fins, se déroule une féroce lutte pour le pouvoir. Une fois à Damas, Moaz al-Khatib sera éliminé au profit d'un régime tenu par les islamistes. C'est là un scénario des plus classiques que le chef démissionnaire a parfaitement senti.

Les Occidentaux, eux, sont aussi de plus en plus divisés sur la stratégie à suivre. Parrains de la révolte dès le début, ils ont prestement offert appuis et encouragements. À l'époque, leur constat était simple: la chute rapide et parfois violente des dominos Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et Saleh (au Yémen) allait convaincre Bachar el-Assad que toute résistance était inutile. Il y avait aussi une relève sous la forme d'un mouvement rebelle naissant et d'anciens du régime tous disposés à prendre le pouvoir.

Cette lecture mécanique s'est révélée trompeuse, car elle évacuait la complexité des réalités sur le terrain. Les Occidentaux ont sous-estimé les forces du régime et surestimé les potentialités de l'opposition.

Aujourd'hui, confrontés à un régime syrien plus coriace que prévu et une opposition divisée, les Occidentaux n'ont plus la même assurance et se présentent en ordre dispersé. Les partisans de la prudence - États-Unis, Allemagne, Scandinavie - répugnent à s'engager directement sur le plan militaire, mais sont disposés à fermer les yeux sur les trafics en tout genre. Les faucons - France, Grande-Bretagne, Turquie, Qatar et Arabie saoudite - préconisent la levée de l'embargo sur les armes destinées aux rebelles. Les deux camps cherchent une façon de gommer leurs divisions le plus rapidement possible afin de présenter un front uni dans leurs négociations avec le régime syrien et ses soutiens russe et iranien.

Ces jeux de coulisses et ces divisions ne sont pas sans conséquence. Plus le conflit s'étire, plus il se complexifie. Le Liban est fragilisé. La Jordanie sert de couloir au trafic d'armes. L'Irak a rejoint le camp syrien. Des djihadistes saoudiens, yéménites, maghrébins et même britanniques s'infiltrent en Syrie. Les Syriens, eux, continuent de mourir.