La fin sanglante de la prise d'otages dans le sud-est algérien marque-t-elle le début d'une nouvelle «guerre» occidentale contre le terrorisme? À entendre le premier ministre britannique, la réponse est oui. Et le Canada pourrait y être entraîné.

La Grande-Bretagne compte ses morts. Au moins sept des 38 otages tués étaient de nationalité britannique, et le bilan aurait pu être plus lourd. David Cameron n'a pas tardé à réagir et a promis une lutte impitoyable. Lundi, devant les députés, il a emprunté à la rhétorique bushienne pour illustrer sa détermination. Il y a quatre ans, a-t-il dit, la menace de l'extrémisme islamique contre l'Occident en général et la Grande-Bretagne en particulier venait d'Afghanistan et du Pakistan. Aujourd'hui, elle s'est déplacée en Afrique du Nord. Au Maghreb, Al-Qaïda et d'autres groupes représentent, selon Cameron, «une menace lourde et existentielle», une menace «mondiale [...], qui nécessitera une réaction mondiale et durera des années, sinon des décennies, plutôt que des mois.»

À titre d'hôte du sommet du G8 en juin prochain, le premier ministre a déclaré qu'il utilisera cette tribune «pour faire en sorte que le problème du terrorisme et la façon dont nous y répondons soient au coeur» des préoccupations de la communauté internationale. Nul doute qu'il trouvera une oreille attentive auprès de ses sept autres partenaires puisque le Japon, la France et les États-Unis ont aussi perdu des otages et qu'au moins un Canadien aurait coordonné l'attaque contre le site gazier.

David Cameron a raison de vouloir attirer l'attention du monde sur le cancer terroriste dont les métastases se propagent rapidement dans plusieurs pays d'Afrique, de la Mauritanie à la Somalie. Ce cancer provoque des morts et déstabilise certaines sociétés déjà fragiles. Toutefois, la mobilisation qu'il appelle de ses voeux risque de ne pas être au rendez-vous. Du moins, pas avec autant d'ampleur qu'au lendemain du 11 septembre 2001.

Les choses ont changé depuis une douzaine d'années. Les groupes djihadistes - et Al-Qaïda au premier chef - ont subi défaite après défaite, leurs rangs s'étiolent et leurs appuis au sein des pays musulmans s'amenuisent. La lutte antiterroriste est devenue plus sophistiquée. Les opérateurs traitent chaque pays touché par le terrorisme comme un cas particulier et non à travers une vision apocalyptique mondiale et nécessairement simpliste. Les experts, quant à eux, ne croient plus que le terrorisme représente «une menace existentielle» et craignent que cette rhétorique n'instille un esprit de croisade néfaste à une réflexion plus fine du phénomène terroriste.

Quelles que soient la stratégie et les méthodes proposées par David Cameron à ses homologues du G8 pour lutter contre le terrorisme, elles devront prendre en considération les sensibilités locales en Afrique du Nord et de l'Ouest. L'intervention française au Mali semble pour l'instant bien accueillie par les populations locales. Ce capital de sympathie doit être préservé d'autant plus que des voix commencent à s'élever qui dénoncent de sombres complots occidentaux dans cette région. Dans le journal malien L'Inter de Bamako, un éditorialiste écrit que les islamistes installés au nord du Mali «sont les chiens errants des Américains», entraînés dans des camps au Qatar.

Le quotidien algérien El Watan n'est guère plus subtil. Les conflits dans le Sahel, manipulés sinon «créés» par les grandes sociétés multinationales, peut-on y lire, «sont une aubaine pour mettre la main sur des richesses naturelles comme le pétrole et le gaz, l'uranium, le fer, le phosphate, le cuivre [...].» Et cela avec la complicité de certains États. Avant de s'engager dans une nouvelle lutte au terrorisme, David Cameron aurait tout intérêt, comme il le disait d'ailleurs lundi, à se préoccuper «des doléances que [les terroristes] utilisent pour obtenir de nouveaux soutiens».