La nouvelle est officielle, consignée dans un communiqué: les troupes de l'OTAN auront quitté l'Afghanistan à la fin de 2014. «La guerre a commencé ici en Afghanistan, a dit Barack Obama à Kaboul au début de mai avant de présider au sommet de l'Alliance atlantique dimanche et lundi derniers à Chicago, c'est là qu'elle va finir.» C'est à la fois vrai et faux.

La guerre en Afghanistan est impopulaire, et cela depuis pratiquement le début en 2001. Dix ans plus tard, les quelque 50 pays engagés dans ce conflit, dont une majorité de l'OTAN, estiment que le temps est venu de solder les comptes et de laisser aux Afghans la responsabilité de leur sécurité. Au sommet de l'OTAN, ils ont officialisé ce qu'ils avaient annoncé, un par un depuis deux ans. La France partira d'ici la fin de cette année, le Canada en mars 2014 avec ceux qui restent. Il était nécessaire de clore ce chapitre de l'après-11 septembre, d'autant plus que la crise économique impose à chacun une rigueur dans les dépenses publiques, dont celles des budgets militaires.

Pourtant, l'Afghanistan ne disparaîtra pas du radar dans deux ans. Les troupes de combats, du moins celles qui s'engageaient souvent directement contre les talibans, quitteront bien le pays. Mais la communauté internationale, à commencer par les États-Unis, n'a pas l'intention de s'effacer. Ce n'est pas sans risques.

Les États-Unis viennent tout juste de signer un accord de partenariat stratégique avec l'Afghanistan qui porte sur la présence américaine dans ce pays jusqu'en 2024. Pour ménager les susceptibilités, les Américains devront fermer leurs bases permanentes, mais auront «accès» aux installations afghanes. Ils seront donc sur le terrain et vont poursuivre leurs opérations antiterroristes et leurs attaques contre des cibles en territoire pakistanais.

Pour leur part, certains membres de l'OTAN, dont le Canada, maintiendront leur aide économique et militaire. On ne sait pas encore quelle forme prendra le soutien militaire, cela dépendra des circonstances du moment. Enfin, les institutions internationales sont déterminées à soutenir la reconstruction du pays.

Une présence internationale à long terme a pour objectif de stabiliser le pays et d'empêcher qu'il ne retombe dans le chaos de l'avant-11 septembre. Mais est-ce possible? Les événements actuels n'augurent rien de bon pour l'avenir. Malgré presque deux ans de pourparlers, les talibans, du moins la frange la plus radicale et la plus antioccidentale, résistent aux offres de partage du pouvoir et attendent le retrait de l'OTAN pour chasser le gouvernement Karzaï. C'est un scénario à la vietnamienne qui avait vu Saïgon tomber en 1975 après la fin du soutien américain.

À cette situation intérieure délicate se superpose le jeu du Pakistan dont tout indique que les services de sécurité n'ont pas abandonné leur appui aux talibans afin d'exercer un contrôle sur un pays où l'influence indienne est trop prononcée à leur goût. Le comportement du Pakistan a toujours irrité les États-Unis, mais la tension entre les deux pays est extrêmement vive depuis une bonne année. Washington accuse régulièrement le Pakistan de soutenir le terrorisme, et ce n'est pas la présence du président pakistanais au sommet de l'OTAN qui va arranger les choses.

Contrairement à ce qu'a dit le président américain, le retrait de l'OTAN n'annonce pas la fin de la guerre, même pour les États-Unis. La situation dans cette région reste et restera toujours volatile compte tenu des lignes de fractures politiques, ethniques et religieuses qui la parcourent. Qu'on le désire ou non, la question afghane va encore nous hanter très longtemps.