Dimanche, les électeurs français choisissent les deux candidats qui s'affronteront le 6 mai lors du deuxième tour du scrutin visant à déterminer celui qui deviendra le prochain président. À moins d'une surprise, le candidat de droite, Nicolas Sarkozy, et le candidat de gauche, François Hollande, seront sélectionnés.

Ce résultat, déjà inscrit dans les sondages depuis quelques mois, renforce l'emprise exercée sur l'électorat français par les deux grands courants traditionnels.

Lorsqu'on compare les résultats du scrutin présidentiel de 2002 avec ceux de 2007 et les sondages concernant le scrutin de cette année, deux tendances se dégagent. La première s'observe lors du premier tour et révèle des électeurs de moins en moins enclins à s'éparpiller comme en 2002 et de plus en plus disciplinés comme en 2007. L'autre tendance est le comportement des électeurs au deuxième tour et dont le choix est fondé sur des sentiments, des perceptions.

Il y a 10 ans, le paysage politique français est éclaté. Le président Jacques Chirac est impopulaire et son challenger de gauche, mais aussi premier ministre depuis cinq ans, Lionel Jospin, l'est autant. Les candidatures se multiplient et les voix s'éparpillent entre 16 personnes. Jamais depuis la création de la Ve République en 1958, une élection n'a-t-elle été aussi atypique. Tout devient possible et même la domination traditionnelle gauche-droite vole en éclats avec la poussée de l'extrême droite.

Au soir du premier tour, les trois premiers candidats - Chirac, Le Pen, Jospin - obtiennent 53% des voix alors que les 13 autres récoltent 47% des suffrages. À la surprise générale, Le Pen est deuxième et élimine le socialiste. Il sera finalement battu par Chirac.

Au scrutin de 2007, la cohorte des candidats se resserre. Ils sont 12 à solliciter les voix des électeurs. Au premier tour, les petits candidats s'effondrent complètement et les trois premiers - le centriste François Bayrou a remplacé Le Pen à la troisième place - récoltent 75% des suffrages. Les grands partis ont réussi à remobiliser leurs troupes autour de leur candidat.

La bataille du deuxième tour s'engage alors entre les représentants des deux courants traditionnels, la droite avec Nicolas Sarkozy, la gauche avec Ségolène Royal. Ces courants ont occupé alternativement le pouvoir depuis 1981. Les Français les connaissent bien et ne sont pas dupes de leurs promesses. Ils ne choisissent donc pas entre des options politiques, mais plutôt entre deux individus dont ils tentent de juger des qualités à devenir président. Sarkozy a la cote et l'emporte largement sur Royal.

Cette année, la France se retrouve dans le même cas de figure. Le nombre de candidatures est tombé à 10. Dans les sondages, les petits candidats sont laminés et les trois premiers rassemblent quelque 70% des intentions de vote.

Dimanche, puisque Sarkozy et Hollande seront les deux candidats sélectionnés, les observateurs attendent de voir qui l'emportera sur l'autre et avec quelle marge. Cette configuration devrait donner à l'un ou l'autre des candidats l'élan qui rassemblera les électeurs autour de l'éventuel gagnant, comme cela s'était produit en faveur de Sarkozy en 2007. Or, tout indique que les deux candidats arriveront ex aequo ou presque.

Pour gagner au deuxième tour, les deux candidats devront donc séduire l'électorat, car l'étiquette idéologique ne comptera pas. Depuis un an, les enquêtes d'opinion ont exploré en profondeur le coeur et l'esprit des Français. Le verdict est clair: ils trouvent à Nicolas Sarkozy et à François Hollande des qualités et des défauts qui les disposent ou non à occuper la plus haute charge du pays. Leurs programmes électoraux sont donc de peu d'intérêt, sinon pour une petite frange bien marquée idéologiquement.

Le 6 mai, le choix des électeurs reposera sur leurs perceptions de qui ferait le meilleur président. Et là, Sarkozy n'a plus la cote.