J'ai été très critique envers le gouvernement péquiste quand Pauline Marois a nommé Sylvain Simard au poste de président du conseil d'administration de la SAQ. Il s'agissait là d'un retour en arrière inacceptable, considérant que, 15 ans auparavant, Bernard Landry avait mis fin à cette pratique vieillotte de nommer comme administrateurs de la SAQ presque uniquement des amis politiques n'ayant aucune connaissance du commerce de détail.

Gaétan Frigon

Je craignais que la première ministre n'agisse de la même façon pour le futur PDG, un poste qui requiert des compétences commerciales spécifiques. C'est pour cela que, dans un article publié dans La Presse («De mauvais augure», 12 avril) j'écrivais: «Le mandat de Philippe Duval, le PDG actuel de la SAQ, prendra fin d'ici peu. Il faut espérer que Pauline Marois aura alors la sagesse de ne pas imposer un choix politique pour son remplacement et qu'elle choisira le meilleur commerçant possible. Autrement, ce serait la meilleure façon de réveiller les velléités de privatisation qui reviennent sur le tapis de temps à autre».

Je lève mon chapeau au conseil des ministres, qui vient d'entériner la recommandation tant d'une firme externe que du conseil d'administration de nommer Alain Brunet comme PDG de la SAQ. Au service de la SAQ depuis 1981, Alain est, selon moi, la personne idéale à tous les points de vue. Il a su mériter la confiance de tout un chacun par son sérieux à affronter les nombreux défis auxquels il a fait face durant sa carrière. Personne ne connait les tenants et les aboutissants de la SAQ autant que lui.

Alain a débuté comme caissier-vendeur à temps partiel durant ses études, puis a gravi les échelons en tant qu'employé à temps plein: directeur de succursale, directeur de secteur, directeur des ventes, vice-président des ventes et vice-président à la commercialisation. Depuis 2008, il occupait le poste de vice-président et chef de l'exploitation, avec plus de 6000 employés sous sa juridiction à travers le Québec. Au cours de ses quelques 30 années au service de la SAQ, Alain a gagné le respect des employés, de ses confrères et consoeurs de la haute direction, du conseil d'administration, des producteurs et, ce qui n'est pas peu dire, des agents de vin.

Reconnu pour son leadership et sa capacité à mobiliser, le Alain Brunet que je connais sait rallier et motiver tant les gestionnaires que les employés autour d'objectifs communs. Il sait également faire preuve d'une gestion rigoureuse en plus d'être un passionné du commerce de détail. Il appuie ses décisions sur une vision équilibrée entre les vocations commerciale et sociétale de la SAQ.

Je me permets une anecdote qui démontre ma confiance dans le potentiel d'Alain. En avril 1998, quelques semaines seulement après mon arrivée comme PDG de la SAQ, Alain, qui était en réflexion depuis un certain temps et qui était courtisé par plusieurs grandes chaines de détaillants, accepta alors un poste de directeur chez Provigo. Lors d'une brève rencontre, je lui ai demandé pourquoi il nous quittait? Il m'avait alors répondu: «J'ai besoin de changement, la SAQ ne bouge plus». Je lui avais alors rétorqué: «Tu n'as encore rien vu. La SAQ va bouger comme jamais auparavant et tu vas regretter de l'avoir quittée. Tu es fait sur mesure pour la SAQ».

Quelques mois plus tard, voyant le virage commercial en cours à la SAQ, Alain fit savoir qu'il aimerait revenir à ses premières amours. Faisant fi de la norme en vigueur voulant que la SAQ ne réengage jamais quelqu'un qui quitte l'entreprise, je donnai instruction de faire une exception. Et Alain revint avec joie dans le giron de la SAQ.

Il s'agit là d'une des meilleures décisions de ma présidence. D'ailleurs, les PDG qui m'ont succédé ont tous reconnu son potentiel et l'ont bien préparé à occuper le poste de PDG de la SAQ. Je salue sa nomination, car il s'agit du meilleur choix possible.