Depuis la reprise de ses travaux à la mi-septembre, la commission Charbonneau fait un travail aussi essentiel que remarquable. Patiemment, méthodiquement, elle lève le voile sur l'infiltration mafieuse et les divers stratagèmes de collusion et de corruption. Elle montre du doigt les acteurs d'un système gangrené, qui s'étend de la cave au grenier. Elle entend jeter ses projecteurs sur tous les coins et recoins de notre système démocratique: municipalités, gouvernement, partis politiques...

Après l'extraordinaire travail d'enquête effectué par les journalistes québécois, la commission tant réclamée nous sort enfin des silences complices, de l'aveuglement érigé en système, du déni, ou encore des limites du travail en silo des corps policiers, qui ont permis de laisser détourner des sommes colossales d'argent public à des fins criminelles.

Mais ce travail ne serait pas complet s'il n'ouvrait pas aussi une réflexion sur notre fonctionnement démocratique, entre autres sur cette «immunité» quasi absolue derrière laquelle se réfugient nos maires, au grand dam des citoyens qui réagissent en nourrissant toujours plus de cynisme à l'égard de nos institutions démocratiques.

Contrairement à nos premiers ministres, nos maires sont élus au suffrage universel direct pour une durée déterminée. Curieusement, cet immense pouvoir n'est pas contrebalancé par des règles visant à protéger les citoyens quand des accusations de corruption tombent ou quand des allégations maintes fois corroborées s'accumulent en ce sens.

Ainsi, ni les votes de confiance, ni la perspective de mise en tutelle ne viennent à bout de la propension de certains maires à s'accrocher à leur siège. Pire encore, ils n'ont pas la moindre explication valide à fournir aux citoyens qu'ils représentent, encore moins à se commettre sur les gestes à poser pour protéger la collectivité.

Certes, l'existence de la présomption d'innocence et la rigueur de nos règles de preuve contribuent aussi à la qualité de la vie démocratique. Par ailleurs, elles ne doivent pas nous faire perdre de vue qu'occuper une fonction de représentation, c'est d'abord un privilège qui entraîne d'énormes responsabilités à l'égard de ceux qui nous délèguent le pouvoir d'agir en leur nom.

Je suis outrée de constater que des fonctionnaires puissent être suspendus devant pareilles accusations ou témoignages, alors que les élus échappent à toute obligation de rendre compte de leurs actes! Non seulement c'est le monde à l'envers, mais c'est surtout une omission qui déresponsabilise les élus et mine la confiance des citoyens envers la démocratie.

Convenons aisément que les procédures de désistement peuvent donner lieu à toutes sortes d'utilisations partisanes perverses qui n'ont rien à voir avec la démocratie. La tentative d'impeachment à l'égard de Bill Clinton parle d'elle-même. Mais les crises qui secouent Mascouche, Montréal ou Laval sont d'un autre ordre. Elles ont toutes en commun de pointer le coeur même des responsabilités des élus. Le minimum qu'on puisse leur demander, c'est d'agir avec intégrité et de combattre la corruption avec détermination.

Il incombe maintenant au ministre des Affaires municipales et au ministre responsable des institutions démocratiques de faire preuve d'audace et de créativité pour protéger les citoyens. La révision des contributions versées aux partis municipaux, tout comme celle des règles régissant l'octroi des contrats publics ne peuvent suffire. Il faudra trouver une formule qui force les élus à s'expliquer et à se commettre sur les moyens qu'ils entendent prendre pour combattre la corruption.

Il y a fort à parier que si un maire, dans ces circonstances, devait requérir de ses citoyens le droit de poursuivre son mandat, il trouverait mieux à dire que les sempiternels «je ne savais pas», «j'ai la conscience en paix», «je n'ai pas été condamné». Place au rétablissement de la confiance des citoyens et à la réhabilitation de nos institutions démocratiques!